Amin revient à Sète après ses études à Paris, rêvant toujours de cinéma. Un producteur américain en vacances s’intéresse par hasard à son projet, Les Principes essentiels de l’existence universelle, et veut que sa femme, Jess, en soit l’héroïne. Mais le destin, capricieux, impose ses propres règles.
Il aura fallu attendre 7 ans pour découvrir la conclusion, de la trilogie d’Abdellatif Kechiche démarrée en 2016, et dont le second volume présenté à Cannes en 2018 est resté inédit en France, notamment pour sa longueur (3h32mn), et les désaccords entre le réalisateur et sa comédienne principale, tout autant que le scandale et les réactions épidermiques que provoqua le film. 7 ans plus tard, le réalisateur a semble-t-il pris le temps de réorganiser son œuvre et ce « Mektoub My Love ; Canto Due » se recentrer plus sur l’œuvre de l’écrivain dont il est inspiré. Car, le réalisateur qui, comme toujours a signé le scénario avec sa compagne Ghalya Lacroix (La Vie d’Adèle), garde la base du roman, à savoir la dualité entre Hommes et femmes, l’été, l’insouciance de ces jeunes adultes qui veulent avant tout faire la fête, aller à la plage, se séduire, aimer et se déchirer. Le « Canto Uno » naviguait dans ce sens, avec parfois une certaine impudeur que l’on pouvait associer à cette liberté qu’éprouve les héros pendant cette période où rien n’a d’importance que de trouver sa place à travers le sexe dans un groupe où chacun tente de s’affirmer. Nous pouvions être surpris de la durée du film autant que de cette construction faussement décousue, au rythme des rencontres et des séparations. Mais le réalisateur filmait la vie, la liberté et la soif de plaisir avec une certaine maestria qui nécessitait de se positionner du point de vue artistique de l’auteur pour mieux en apprécier la valeur.
Avec « Canto Due », l’angle est presque le même, car les jeunes ont grandi, ont évolué, et les enjeux ne sont plus les mêmes. Chacun arrive au tournant de leurs existence où ils doivent prendre des décisions qui dicteront le reste de leur vie. Une opportunité, un évènement inattendu dont l’impact dépend de la décision à prendre, et ce jeu du désir qui soudain apparaît avec ses choix et ses conséquences. Abdellatif Kechiche nous offre ici, une œuvre plus classique, plus structurée, dans laquelle la narration vient apporter son lot de joies et de tensions. Ici, les personnages sont plus adultes, moins dans la légèreté que dans les deux précédents volumes. Les visages se font plus graves et chacun arrive avec ses responsabilités, ses doutes et ses peurs. Si dans « Quanto Uno », la vie se résumait aux plaisirs de la légèreté, dans « Quanto Due » elle rattrape les héros frontalement en les ramenant aux enjeux de la société et du sens que l’on souhaite lui donner.
La mise en scène continue de se centrer sur le personnage d’Amin, seul à contenir sa légèreté, à regarder comme sur un pas de côté toutes ses existences qui se construisent, pendant que lui est déjà la construction de son avenir et s’accroche à ses inspirations. Comme l’œil du réalisateur, il prend des photos, fige ces instants de légèreté, capte comme un témoignage, la vie, la joie et la tristesse. Mais cette fois-ci, c’est sa propre existence qui va être touchée de plein fouet par sa place dans le groupe et ses conséquences. Incarné par Shaïn Boumedine (Pas de Vagues), un acteur au charme fou et la présence magnétique indéniable, Amin agit constamment comme un spectateur tout en s’impliquant dans la vie de ce groupe dont l’énergie est indéniable et l’entraine dans une sorte de valses colorées, rieuse et insouciante.
« Mektoub My Love : Canto Due » est une œuvre qui vient clore avec brio cette trilogie sulfureuse et légère à la fois, qui se veut une tranche de vie, une photographie d’une jeunesse qui profite de sa liberté, pour se découvrir dans les plaisirs du sexe comme dans ceux de l’amour qui finit toujours par trouver son chemin. Et en observateur qu’il est Amin, tout en gardant secret ses sentiments, ne peut cacher par son regard ce qu’il éprouve pour ceux qu’il croise et avec qui il passe son temps. Le réalisateur peut choquer par la façon crue qu’il peut parfois utiliser pour filmer les corps, surtout féminin ou les rapports sexuels de ses héros, mais il est indéniable que son regard, son écriture et sa mise en scène capte les affres des sentiments de ces jeunes adultes avec une précision et une poésie que l’on retrouve à chaque coin de ce film.