Après le départ de son riche amant américain, le jeune Pol décide de suivre son ami Greg à Manille, afin de subvenir aux besoins de sa famille. Là-bas, il fait rapidement la connaissance de Noel, un call-boy adepte du « macho dancing », qui le prend sous son aile et lui trouve une place dans un club gay de la capitale. Alors qu’il découvre le monde interlope du striptease masculin, entre trafic sexuel, drogue et corruption policière, Pol fait la rencontre de Bambi, une prostituée proche de la bande des « macho dancers »…
Le réalisateur de « Manille » (1975), Lino Brocka est considéré comme un cinéaste engagé, notamment parce que dans une société conservatrice, comme celle des Philippines à cette époque, il clame son homosexualité et n’hésite pas à réaliser des films audacieux et controversés, notamment par ses sujets mais également par cette manière de filmer les corps et les mouvements. Avec « Macho Danbcer » qu’il réalisa en 1988, Lino Brocka va un peu plus loin en s’intéressant au monde de la prostitution masculine, des call-boys et des clubs de strip-tease gays. Comme sujet audacieux et controversé, on ne peut pas faire mieux !
Et le réalisateur va alors signer l’un des mélodrames les plus revendicatifs et les plus sulfureux de sa carrière avec cette histoire de ce jeune homme, Pol, qui doit subvenir aux besoins de sa famille et va alors, par le biais des rencontres, découvrir le monde du strip-tease et les conséquences indissociables quoi vont avec : La Drogue, la Corruption et la violence. La mise en scène de Lino Brocka est précise comme toujours et s’inspire même du cinéma de Scorse avec un choix esthétique très poisseux, et des moments qui s’approchent du documentaire. Brocka s’affranchit des contraintes narratives de l’époque et fait tomber les barrières de la bonne pensée de l’époque en signant une histoire sombre où les personnages survivent plus qu’ils en vivent et où l’espoir se mêle parfois aux rêves de changer de vie.
Les hommes se croisent, se frôlent, se lancent dans des danses sulfureuses en s’effeuillant doucement pour le plaisir des spectateurs présents dans le club et le reste du temps, s’aiment, se déchirent et font des rencontres comme Pol qui va croiser Bambi, une prostituée qui va l’aider à se tenir hors de l’eau et loin des pièges que ses comparses n’éviteront pas. Lino Brocka ne fait rien pour la provocation, mais veut ouvrir le public à un monde qu’il ne connaît pas, à poser un regard différent sur ces jeunes hommes qui cherchent avant tout à faire vivre leur famille et n’hésitent pas à utiliser leurs corps pour gagner de l’argent. Le tout en étant en recherche permanente d’un amour hypothétique, ou d’une amitié forte. Le réalisateur garde constamment le spectateur en éveille avec une intrigue qui court, des personnages en errance dans un univers où leur corps est un bien de consommation et non plus un territoire sacré.
Invisible depuis sa sortie, « Macho Dancer » de Lino Brocka est une œuvre puissante, âpre et parfois dérangeante, mais qui illustre parfaitement la carrière du réalisateur entre engagement, résistance politique. C’est certainement le film le plus audacieux et le plus controversé de sa carrière car il ouvre une fenêtre sans concession sur un monde où le corps est monnayé plus que respecté.