Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l’Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.
Voilà un film que l'on va soit aimé soit détester. Car en partant d'une vieille photo dans une maison qui n'avait pas été habité depuis 50 ans, la réalisatrice a décidé de nous parler du destin de 4 jeunes filles à différentes époques. Elles ont toutes en point commun, la douleur de la soumission, les abus sexuels répétés et une place douloureusement basse dans la société. Pour cela la réalisatrice va utiliser une narration déconstruite entre flash-backs et Flash Forward, qui va donc nous emmener dans les méandres de ces quotidiens de femmes à la nature parfois austère, ou aventureuse mais dont le point commun reste une vie contrainte entre désir, soumission et violence. Et c'est là où le film interrogé, provoque l'adhésion ou le rejet, car il va aller d’aller-retour en aller-retour, nous entrainer dans une histoire où le spectateur n’est pas forcément convié à être passif, mais plutôt à chercher son chemin dans un montage labyrinthique qui peut donner la sensation de na pas comprendre totalement ce que l’on voit. Certains personnages resteront sans réponse comme l’Oncle Fritz, pour les autres on apprendra finalement que peu de choses. Le film fonctionne un peu comme un album photo, des souvenirs figés qui reviennent par bribe, sans avant sans après, que les flashs et les sensations odeurs ou touchés.
Et pour donner sens à sa vision de ces souvenirs ancrés dans les murs d’une demeure, la réalisatrice Mascha Schilinski, qui signe, ici, son deuxième film après « Dark Blue Girl » (2017) inédit en France, s’est inspiré du travail de la photographe Francesca Woodman reconnaissable par ses photos de corps flous qui leur donne une apparence fantomatique. Une ambiance éthérée que la réalisatrice a voulu recréer avec son directeur de la photographie Fabian Gamper (Die Tochter). Un choix payant qui donne aux « Echos du Passé » une texture bien particulière qui s’adapte à l’époque et garde constamment en ligne de mire cette marque du passé qui doit être impérativement la marque de fabrique de chaque plan.
Et puis, bien sûr, il y a les actrices, à commencer par la très jeune Anna Heckt qui impressionne par sa précision de jeu et notamment son regard captivant. Lena Urzendowsky (Berlin Eté 42) apporte la modernité, mais également toute la souffrance héritée de ces aïeules. Avec un jeu d’une remarquable sensibilité la comédienne marque lourdement les esprits. Laeni Geiseler (La Gifle) apporte également une part de cette fragilité dans le tourment de ces femmes dans une société captée par les hommes qui ne leur laisse que peu de place et abusent ouvertement de leur domination. Et puis pour finir Suzanne Wuest (Industry) qui, dans un rôle quasi sans dialogue, exprime toute la dureté d’une vie de brimade et de souffrances contenues en soi qui ressortent par des hoquètements incontrôlés.
Avec « Les Echos du Passé », son deuxième film, la réalisatrice Mascha Schilinski signe une œuvre puissante, qui force le spectateur à adhérer à son univers qui joue avec le temps en permanence dans ses plans, dans l’interaction entre les personnages et dans sa photographie. Porté par une narration déstructurée le film provoque l’adhésion ou le rejet mais marque surtout par la qualité d’écriture, de réalisation et surtout de ses acteurs. Prix du Jury du Festival de Cannes Edition 2025, « Les Echos du Passé » est un film touchant et captivant qui signe la naissance d’une immense réalisatrice.