À la Maison des femmes, entre soin, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour accompagner les femmes victimes de violences dans leur reconstruction. Dans ce lieu unique, Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues accueillent, soutiennent, redonnent confiance. Ensemble, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions et une énergie inépuisable.
Tout est parti d’une émission de radio, dans laquelle la Gynécologue Obstétricienne Ghada Hatem est venue parler de cette structure qui prend en charge des femmes ayant subies des violences d’ordre conjugale ou autre. Une structure qui ne vit que par les aides financières qui lui sont accordées par des organismes privés, des dons ou l’Etat. Seulement, de ce côté-là, la source se raréfie, les politiques préférant mettre l’argent ailleurs que dans la santé. C’est pourtant un maillon essentiel que cette structure qui vient en aide à des femmes détruites physiquement, mais surtout psychologiquement, et à qui il faut donner son temps, son écoute, sa patience et sa dévotion pour une cause qui ne devrait jamais être relayée à l’étage inférieur. C’est forte de ce constat que la réalisatrice Melisa Godet (Les enfants d’Oma) a décidé pour son deuxième film, d’écrire un scénario qui, comme un geste citoyen, mettrait en lumière cette structure en gardant un regard côté soignant, pour ne pas tomber dans le piège de la violence.
Et c’est un choix payant que de se focaliser sur le regard de ces soignants, car cela permet au scénario de se centrer sur la base de la structure à savoir le fonctionnement de l’accueil des patientes et comment il faut aborder certains sujets et amener ces femmes détruites par des proches à reprendre confiance en la vie, en elle et à fuir cette violence qui les a touchés. Avec un soin particulier, Melisa Godet a su se renseigner, faire valider certains aspects techniques par la Gynécologue pour que son discours soit le plus juste possible et aide à sensibiliser les spectateurs sur le côté essentiel de la maison des femmes. Et pendant une heure cinquante, la réalisatrice nous plonge dans un quotidien qui oscille constamment entre douceur, violence, légèreté, humour et liens forts que les patientes et les soignants tissent entre eux. Jamais dans le gratuit ou dans le sensationnel, le scénario parle de ce que l’on ne veut pas voir, ni entendre.
Avec des phrases percutantes comme : « Mon Mari est formidable mais il va finir par me tuer ! », la réalisatrice brise les barrières sociales et fait de ces personnages les portes drapeaux d’une cause qui ne devrait jamais souffrir d’objection ou de détournements de regards. Beaucoup trop de femmes souffrent dans leur esprit et dans leur chair de la violence familiale. Tout ne se passe pas au-delà de nos frontières, la violence faites aux femmes se passe également chez nous et n’a pas d’étiquette raciale ou sociale. En faisant le choix du choc de la parole plutôt que celui des images, la réalisatrice nous amène à écouter, à comprendre ce qui se passe des deux côtés de la barrière et ce qu‘il faut entendre pour mieux écouter, notamment les silences et les regards qui en disent beaucoup plus sur les personnages que de longues tirades.
Et puis il y a bien sûr la distribution emmenée par une Karin Viard (Chanson Douce), qui impose un rythme, une énergie comme toujours maitrisée et communicative. Oulaya Amamra (Fragiles) dont la force et la présence de jeu force le respect et confirme tout le bien que l’on pense de cette actrice qui continue de creuser un parcours impeccable de bout en bout. Et puis, bien sûr Eye Haïdara (Le Sens de la Fête), devenue incontournable dans le cinéma français, qui impose toujours un jeu tout en nuance avec une force qui vient masquer une grande sensibilité. Certainement l’une des plus grandes actrices de la décennie à venir.