Dans le bazar d’une petite ville du Texas, quelques admiratrices de James Dean se retrouvent pour le 20ème anniversaire de la mort du comédien. L’occasion pour chacune d’entre elles de faire le bilan des années passées, des rêves perdus et des désillusions.
Nous sommes en 1982, Robert Altman n’est pas un débutant, il a même eu des succès considérables comme « M.A.S.H. » sorti en 1970 qui donnera lieue à un série par la suite, ou encore « Le Privé » en 1973. Mais Altman n’est pas un réalisateur comme les autres et s’il aime faire des choses un peu légères comme « Popeye » en 1980, par exemple avec Robin Williams (Good Morning Vietnam), il aime également faire des œuvres un peu plus confidentielles qui ne trouveront pas leurs publics, mais lui permettront de montrer toute l’étendue de son talent. Et c’est dans cette démarche que le metteur en scène va s’attaquer à l’adaptation d’une pièce de théâtre d’Ed Graczyk (Love Janis) : « Come Back to the 5 & Dime Jimmy Dean, Jimmy Dean ». Une pièce de théâtre qui suit les déboires sentimentaux de plusieurs admiratrices de James Dean qui se retrouve dans le bazar de l’une d’elles pour le 20ème anniversaire de la mort de James Dean. Mais la pièce est très loin d’être un hommage à l’acteur décédé dans un accident de voiture en 1955, elle est, en fait, une photographie de la société de la fin des années 70, des espoirs et des désillusions des uns et des autres.
Et comme il le fera, à nouveau, l’année suivante avec « Streamers », un huis-clos sur des jeunes en attente de départ pour le Vietnam, Altman va utiliser ce principe pour conserver l’aspect théâtrale de l’œuvre et pour mieux enfermer le spectateur dans cette sorte de valse parfois exubérante et décousue de ces admiratrices, qui voyaient en James Dean, à la fois un idéal, mais également une représentation de la colère qui naissait en elle. Et l’occasion de faire cette réunion pour le 20ème anniversaire de l’artiste est également celle des retrouvailles, celles où l’on fait une sorte de bilan et où les blessures s’ouvrent juste pour être mieux pansées. Et comme dans « Streamers », Altman va introduire un personnage, déjà présent dans la pièce, mais rarement aussi central au cinéma, dans tous les cas dans un rôle aussi touchant, celui de Joe Quailey, qui revient à cette réunion en Joanna et qui va parler de ce qui a provoqué son départ.
Le film, dont le scénario est signé de l’auteur de la pièce joue constamment entre légèreté et profondeur. Nous passons du rire aux larmes dans une sorte de folie bavarde, où le principal personnage est d’abord un acteur mort, mais également un enfant que l’on ne verra jamais, mais qui montre le parallèle que ces admiratrices ont construit, au fil des années, avec l’acteur de « Géant », cette obsession qui ne les a jamais laissé tomber, mais qui ne fait que, au moment de faire le bilan de sa vie, confirmer les désillusions et les fêlures du passé. La mise en scène d’Altman est d’une précision remarquable. Il suit ses personnages s’éloigne pour laisser la tornade passer et le spectateur respirer puis s’approche des visages, des regards pour mieux montrer la tristesse derrière un sourire ou la résignation dans une parole.