Mabel, une adolescente passionnée par les animaux, saute (littéralement !) sur l’occasion d’essayer une nouvelle technologie révolutionnaire permettant de communiquer avec eux d’une manière totalement inédite… en se glissant dans la peau d’une adorable femelle castor. Conçu par des scientifiques visionnaires, ce dispositif permet de transférer la conscience humaine dans le corps de robots-animaux plus vrais que nature. Mabel se lance alors dans une aventure unique et riche en découvertes au cœur du règne animal.
Pour sa trentième production, le Studio Pixar, nous embarque dans une histoire complètement barrée, il faut bien le dire, avec une ado sur vitaminée, des savants plus ou moins fous et des Castors. Ce premier film de Daniel Chong, qui avait déjà collaboré avec Pete Docter sur « Vice-Versa » en 2015, est avant tout une fable écologique et spirituelle. Et alors que le studio s’était fait recadrer assez vertement par le big boss du moment, Bob Iger, pour avoir insufflé un vent de rébellion dans les dernières productions, notamment avec l’incursion de personnages LGBT+, les créatifs de Pixar ont décidé de se lancer dans un autre combat, qui raisonne encore plus à nos yeux et à nos oreilles maintenant : L’écologie et le retour au calme et à la spiritualité.
Et ce qui saute aux yeux dès les premières minutes de « Jumpers », c’est le ton en constante contradiction avec son sujet. On nous parle de retour à la sérénité, à mieux apprendre à écouter la nature et à comprendre la nature sous toutes ses formes, alors que le personnage principal, Mabel, est sur vitaminée en permanence et ne sait rester en place sans parler ne serait que deux minutes. C’est évidemment, le meilleur moyen pour pouvoir amener le public à adhérer à ce point de vue, et c’est une véritable réussite. Car, comme dans toutes les œuvres du studio, il y a une véritable tendresse pour son sujet, pour ses personnages et, bien sûr, une double lecture permanente celle des enfants et celle des parents. Ici, Daniel Chong parvient à trouver l’angle parfait pour que le public ne se sente pas perdu dans une narration menée à un rythme infernal, mais qui fini par trouver une vitesse de croisière. Il faut dire que le sujet devait se concentrer sur des Pingouins au départ, mais que Pete Docter le patron du studio, depuis le départ de John Lasseter, ne trouvait pas très judicieux comme choix. Et il aura fallu un documentaire sur la réintroduction des loups dans le parc National du Yellowstone, et de ce que cela impliqua comme retour des espèces pour que le sujet soit trouvé et que ce soient les castors qui deviennent le sujet central.
Et comme à chaque fois, chez Disney et Pixar, le scénario évolue en fonction de la dynamique et du ressenti des équipes, celui signé de Daniel Chong et Jesse Andrews (Luca) ne cesse de rebondir pour nous amener à confronter deux mondes radicalement différents et pas seulement les humains et les animaux, mais les différentes espèces (humaines y compris) et le développement à grand renforts de pièges sonores ou visuels des promoteurs et des décideurs, contre ceux qui veulent, avant tout, protéger les animaux. Ici, Mabel fait partie de cette dernière catégorie et va apprendre toute la nuance qui est nécessaire dans la défense des animaux et notamment sur la manière dont fonctionne la nature. Jamais moralisatrice, l’histoire est même bourrée de clins d’œil drôles qui montrent, par exemple, les castors s’amuser avec les portables et surtout les emojis. Ou encore la façon dont les espèces acceptent le cycle de la vie. Tout est dit de façon délicate et tente de toutes les manières possibles de faire revenir l’humain à plus de calme, plus de sérénité. Et l’idée de s’asseoir pour juste écouter la nature, relève du génie, tant il est apaisant de pouvoir se rendre compte de tout ce qui nous entoure, sans les bruits de l’humain.
Enfin, je dirais que le film bénéficie d’une animation de toute beauté qui provient d’une méthode que le Studio Disney a toujours utilisé depuis sa création. L’observation du mouvement. Ici, les animateurs sont partis pendant plusieurs jours dans le Yellowstone, pour observer les animaux dans leur milieu naturel, apprendre de leurs mouvements, les reproduire dans le film, mais également apprendre comment les Castors créaient leur habitat, comment ils manipulent les branchages et ainsi de suite. Une méthode qui a fait ses preuves et qui se confirme encore une fois dans « Jumpers », avec une précision toujours aussi impactantee (Impossible de ne pas avoir envie de faire un câlin aux castors ou aux autres animaux. Avec un résultat au box-office d’un peu moins de 372 Millions de Dollars, le film a bénéficié d’un excellent bouche-à-oreille qui vient prouver que le meilleur des messages est celui qui est porté avec simplicité et subtilité.