Mariano De Santis, Président de la République italienne, est un homme marqué par le deuil de sa femme et la solitude du pouvoir. Alors que son mandat touche à sa fin, il doit faire face à des décisions cruciales qui l’obligent à affronter ses propres dilemmes moraux : deux grâces présidentielles et un projet de loi hautement controversé.
Il y a des réalisateurs, dont on dit aisément qu’ils ont une signature. C’est le cas de Paolo Sorrentino. Ce réalisateur Italien ne fait rien comme les autres, dans toute son œuvre il y a la déconstruction de ses personnages. Il y a constamment un questionnement, une recherche de ce qui pousse l’humain à tout remettre en question. Que ce soit dans « The New Pope » ou même dans « Parthenope », il y a une recherche de l’intime, comme s’il fallait trouver dans les figures, y compris celle inspirée de Berlusconi dans « Silvio et les autres », l’humain derrière le masque. Sorrentino livre toujours une histoire complexe, mais dont les éléments s’emboitent à un rythme parfois contemplatif ou simplement par des effets de plans qui viennent illustrer certains aspects du scénario.
Toujours maitre de son intrigue, puisqu’il signe son scénario, Sorrentino s’interroge, encore une fois, c’est également une constante chez lui, sur le pouvoir, mais, cette fois ci, sur le doute de faire le bon choix, d’être en accord avec ses idées, et avec ce qui semble juste, ou dans tous les cas suffisamment juste pour que l’on se sente libérer du poids de la question. Et pour cela, rien de mieux qu’un président de la République pour illustrer cette notion de doute dans le pouvoir. Mais au-delà de ce thème récurrent chez le réalisateur, cette fois-ci, le scénario vient aborder un autre sujet tout aussi complexe dans sa réflexion : La Mort. A travers cette loi sur l’Euthanasie qui suscite bien des débats, une question revient : « A qui appartiennent ces jours ? », ceux dont on veut mettre fin après trop de souffrance. Le Président, incarné par un Toni Servillo (La Main de Dieu) toujours aussi impeccable, doit trancher en son âme et conscience, en même temps qu’il doit accorder sa grâce à deux personnes emprisonnées, pour des faits différents mais qui vont venir guider la réflexion.
Avec une mise en scène qui utilise énormément les profondeurs de champs pour mieux isoler son personnage ou, au contraire le ramener auprès des autres personnages, Sorrentino, surprend, invente joue des éléments, utilise toutes les qualités de jeu de son acteur principal pour mieux illustrer ce doute et lui donner un impact sur le spectateur. Mais il sait, comme à chaque fois, jouer aussi avec la figure papale, avec, cette fois-ci, un pape noir portant des dreadlocks et circulant en scooter. Un petit pied de nez amusant à cette personnalité majeure de la capitale italienne et de la société catholique. Il y a aussi ces scènes de dialogues où les personnages semblent se fondre dans le décor. Autant de moyen de ne pas sombrer dans une histoire trop pesante, mais aussi l’occasion, pour le réalisateur, de montrer à quel point l’esthétique de ses films est tout aussi importante que son scénario. Rien n’est laissé au hasard et participe à nous plonger dans une histoire totalement inventée mais dont chaque pièce du puzzle participe à la rendre crédible et en même artificielle. Comme si son auteur avait envie de nous mettre en permanence à cheval sur une ligne entre imaginaire assumé et inspiration réel. Sorrentino est un maitre Italien et ce « La Grazia » le prouve encore.