Angela est sourde, Hector est entendant. Ils forment un couple épanoui et heureux malgré leur différence. Mais la naissance de leur premier enfant inquiète Angela : saura-t-elle créer un lien avec sa fille ? Comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie si souvent d’inclure ceux qui n’entendent pas ?
Inspiré par les craintes de sa sœur atteinte de surdité, « Sorda » est une réflexion sur la maternité d’une femme porteuse de ce handicap dans un monde d’entendant. La réalisatrice Eva Libertad Garcia, comme tous les spectateurs entendants qui verront le film, s’est rendu compte qu’elle ne s’était jamais posé cette question. Comment réagir aux cris de l’enfants ? Comment communiquer avec ceux qui n’ont pas appris la langue des signes ? Et bien des questions bien plus évidentes ou plus complexes. Cela nourris, donc un scénario qui va tourner autour de cette femme qui va découvrir dans le même temps les joies de la grossesse tellement attendue et les angoisses liées à on handicap. Une situation, qui, forcément, va naitre avec son entourage qui va inévitablement devenir le déclencheur de cette peur avec cette question aussi destructrice que bienveillante : « Tu va pouvoir t’occuper du bébé ? ». Tout le monde va alors se tourner vers le conjoint qui va devenir la pierre angulaire de cette grossesse et catalyser, sans le savoir, les inquiétudes de sa femme.
Dans une écriture finement ciselée, la réalisatrice va dérouler son raisonnement et nous emmener dans un parcours fait de doutes, de désillusions et surtout nous plonger dans le handicap pour mieux le comprendre. Et c’est un sujet suffisamment complexe pour pouvoir l’aborder et le mettre en lumière. Cela peut se faire par l’humour comme dans « Un p’tit truc en plus » d’Artus ou dans le drame comme dans « Sorda » ce dernier format permettant un questionnement sérieux mais tout aussi percutant que dans l’humour. Car la Surdité fait partie de ces handicaps non visibles qui, dans un monde d’entendant, peut provoquer des incompréhensions ou des situations ubuesques, comme cette scène où Angela et ses parents vont dans un magasin destiné aux personnes sourdes, mais dont le vendeur ne parle pas la langue des signes.
Et quoi de mieux pour interpréter son personnage que celle qui l’a inspiré, à savoir la sœur d’Eva Libertad Garcia : Miriam Garlo (Nikolina). L’actrice met son handicap au service de la narration, non pas pour provoquer de la pitié immédiate ou une sorte d’adhésion malsaine, non, elle joue d’abord de son handicap comme d’une normalité évidente, puis lorsque le questionnement commence et les différentes situations qui ne font que renforcer cet isolement qu’elle perçoit, la comédienne va jouer dans une palette d’émotion remarquable qui feraient presque oublier sa surdité. Jamais en dehors des clous, elle livre une prestation toute en finesse et en précision. Alvaro Cervantes (Le Sexe des Anges), plus chevronné, ne cherche pas à écraser le jeu de sa partenaire et parvient à jouer tout en douceur pour mieux coller à son personnage dont chaque geste et chaque tentative de venir en aide et d’assumer pleinement son rôle de père sont rendu compliqué par la perte d’assurance de sa compagne. Pour son premier long métrage la réalisatrice Eva Libertad Garcia livre avec « Sorda » une œuvre précise, subtile et nécessaire sur la surdité et la place des malentendants dans un monde d’entendants.