Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville.
François Ozon (Potiche), l’un des meilleurs réalisateurs français de notre époque s’attaque à l’adaptation d’une œuvre de 1932 d’Ernst Lubitsch : « Broken Lullaby » qui était elle-même une adaptation d’une pièce de théâtre de Maurice Rostand. Avec « Frantz », le réalisateur maintient toujours un style et une signature reconnaissable, on y trouve la femme centrale d’une carrière qui ne demande qu’à les mettre en valeur, il y a les liens familiaux si complexes et évidemment l’ambiguïté des rapports et particulièrement entre les personnages principaux, et puis il y a la récurrence entre le deuil et l’amour naissant. « Frantz » est avant une œuvre d’un romantisme fou qui pousse le spectateur dans un drame où chaque personnage est lié de manière indirectement ou non mais intimement à un absent qui laisse sa trace dans chacune de leurs décisions à venir.
Tout en signant un scénario solide et efficace qui reprend consciemment ou non tous les codes de la fresque romantique, avec ces personnages blessés par des épreuves du temps et de la guerre (la première mondiale), des paysages bucoliques qui viennent rappeler au spectateur la beauté de chaque choses, du moindre élément qui consiste à faire de la vie ce qu’elle est et puis ces deux héros qui ne devaient pas se rencontrer mais qu’un destin va pousser l’un contre l’autre, sans qu’ils n’aient le temps de bien comprendre ce qu’il leur arrive. Une manière dire que le deuil peut être sauvé par l’amour même s’il doit y avoir un rôle quelque peu dérangeant pour la bien pensée.
Avec une mise en scène sobre, presque académique, le réalisateur filme au plus près ses personnages, et tire le maximum de ses comédiens, pour donner à sa fresque une couleur particulière. Et l’utilisation du Noir et Blanc vient d’ailleurs appuyer cette atmosphère sombre, un peu opaque des sentiments brisés et des vies déchirées par une guerre qui fit des victimes collatérales dans les deux camps, laissant place à la haine des autres. Portée par l’image soignée de Pascal Marti son directeur de la photographie, François Ozon signe une réalisation minutieuse au rythme lent en totale harmonie avec son sujet, jamais dans l’excès toujours dans la retenue pour ne pas malmené le spectateur et l’emmener dans une direction qui ne serait pas la bonne.
Pour cela Ozon, s’appuie sur l’interprétation forcément impeccable de Pierre Niney (Five) qui, même en restant dans une certaine distance pour mieux coller aux paradoxes de son personnage, parvient à capter l’écran et la lumière soignée fait ressortir toutes les nuances de son jeu, entre tristesse, détresse et amour naissant. Et puis il y a forcément Paula Beer (Diplomatie) qui, avec son visage à la fois enfantin et terriblement adulte, reste la véritable révélation de ce film. La comédienne, inconnue en France mais pourtant si talentueuse se permet de captiver de sa première apparition à l’apparition du générique. On se laisse séduire par ce regard entre tristesse et force, entre douceur et joie retenue. Jamais dans le faux pas, la comédienne signe une prestation remarquable et particulièrement hypnotisante.
« Frantz » est un nouveau tour de force du réalisateur François Ozon, qui signe un scénario intelligent laissant une place importante à la réflexion du spectateur. Avec une distribution redoutablement efficace qui maîtrise parfaitement son art pour rendre son jeu tout en nuance et en retenue, « Frantz » brille par une image magnifique et la révélation Paula Beer.