En 1932, Albert Einstein est invité par la Société des Nations à adresser une lettre à une personne de son choix sur un sujet qu'il décidera. Il décide d'interroger Sigmund Freud sur le moyen d'éviter la guerre. Cette correspondance sur la guerre entre ces deux grands penseurs s'avère aujourd'hui plus pertinente que jamais. Inspiré par cet échange de lettres entre Albert Einstein et Sigmund Freud il y a près d'un siècle, le film Pourquoi la guerre tente de remonter à la racine des conflits humains, pour expliquer la sauvagerie des guerres qui dévastent notre monde.
Voilà un film qui résonne fort actuellement. Un film qui fait écho volontairement à la situation actuelle en Europe et au Moyen-Orient, à une époque où les « Va-t-en-Guerre » de tout bord ne se préoccupent plus des populations, ni de la paix dans le monde, mais ont décidé dans une sorte de folie dévastatrice de jouer à celui qui « Pissera le plus loin ». Une vision très masculiniste de la société, où la surenchère prévaut à la pondération et où des femmes, des enfants, des pères, des fils, des frères meurent dans un combat qui ne les concernent pas ou de manière très lointaine.
Amos Gitaï, n’est pas un réalisateur comme les autres, le réalisateur de « Kaddosh ». De son œil avisé, il s’est poser un regard critique et en même temps tellement amoureux pour sa pays sa communauté et ses croyances. Dans « Kadosh Sacre » (1999) il interroge d’ailleurs la place de l’amour, du véritable dans la religion et ses codes. Dans « Kippour », nous étions plutôt sur une œuvre inspirée de la jeunesse du réalisateur et particulièrement de son service militaire, où il s’était engagé, 6 jours après le début de la guerre du Kippour en 1973, opposant Israel et une coalition Egyptienne et Syrienne. Gitaï c’est un réalisateur profondément ancré dans la culture de son pays et dans l’amour de son pays qui n’hésite pas à interroger notre conscience et notre libre-arbitre.
Dans « Pourquoi la Guerre ? », il se sert donc de correspondance entre deux grands esprits du 20ème siècle : Sigmund Freud et Albert Einstein. Un Philosophe et un savant qui vont échanger sur un sujet fort, dont on sent les prémices, en 1932, avec la montée du nazisme et l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler, l’année suivante date de sortie du livre. Mais ici, la résonnance est particulière. D’abord parce qu’elle n’est prise que du point de vue des Israéliens, avec une séquence d’ouverture qui nous emmène à Tel Aviv au cœur d’une manifestation demandant la libération des otages du 07 Octobre. C’est aussi une manière de replacer dans son contexte, l’origine du conflit actuel effacé par la surenchère de violence déclenché par le premier ministre Israélien et son équipe.
Car, si le film interroge sur cette idée purement humaine de la guerre, il fait l’impasse sur l’autre population victime de cette attaque du 07 Octobre 2023 : Les habitants de Gaza. Car cette population qui a grandi dans la manipulation de ses autorités envers le pays voisin (Il serait bien présomptueux de notre part, à nous Européens de porter le moindre jugement), n’en n’est pas pour autant son bras armé et la réponse de l’état d’Israel est d’une violence inouïe et aveugle. Et c’est ce qui manque cruellement dans ce film que de porter le regard un peu plus loin que sur la terre Israélienne pour avoir l’honnêteté du propos. Car lorsque Einstein et Freud analysent la guerre, ils gardent constamment en vision l’ensemble des belligérants et les premières victimes que sont les peuples. Et l’absence d’image de Gaza, ou simplement d’une évocation frontal déséquilibre le propose du réalisateur et de ses deux illustres personnages.
Fallait-il sortir « Pourquoi la Guerre ? », au cinéma ? Dans le contexte actuel, cela aurait été un risque que els distributeurs n’ont pas voulu prendre tant le débat est sensible. Est-ce que c’est un bon film ? Oui et non. Oui parce qu’il interroge avec une véritable démarche artistique et philosophique. On peut être d’accord ou non avec le propos, la démarche est là et si l’art choque et interroge, il reste assez discret sur le sujet. On peut tout de même reconnaître au réalisateur l’envie de confronter le spectateur à ses propres questions, à travers le regard de ces grands hommes qui cherchèrent avant tout à répondre à cette question de ce qu’est la guerre et pourquoi les hommes la font. Il faudra certainement un environnement plus apaisé pour apprécier à sa juste valeur ce film d’Amos Gitaï, qui malheureusement s’il n’oublie pas que si le peuple Israélien souffre dans sa chaire, le peule Palestinien également et que, de la même manière que nous ne devrions pas détourné le regard devant la misère, il aurait fallu que ces derniers soient présent à l’image pour que le propos soit en accord avec le sujet.