Enfermés dehors
Sortie:
05/04/2006
Pays:
France
Genre:
Durée:
1h30 Min
Réalisateur(s):
Acteurs:

Enfermés dehors

par: Sebastien Keromen


Avec un film d’Albert Dupontel, on ne sait jamais à quoi s’attendre. On sait que ça va sans doute être violent, drôle, tordu et surprenant. Enfermés dehors est bien tout ça, pour un film qui ressemble à peu d’autres

Enfermés dehors
France, 2006
Réalisateur
 : Albert Dupontel
Acteurs : Albert Dupontel, Claude Perron, Hélène Vincent, Yolande Moreau, et d’autres apparitions dont je vous laisse la surprise
Durée : 1h30

L’histoire
Un SDF trouve par hasard une valise contenant des habits de policier. Il va d’abord les mettre pour manger à la cantine de la police, mais va vite trouver d’autres avantages à son accoutrement.



La critique


Les films d’Albert Dupontel sont toujours assez spéciaux. Vous vous rappelez Bernie ? Spécial, non ? Et Le Créateur ? Spécial aussi. Et bien devinez comment Enfermés dehors est. Spécial. Oui, vous aviez deviné. A vrai dire, il ressemble pas mal à ses prédécesseurs, en prolongeant leur univers complètement barré, où le gore croise la poésie, où le terre-à-terre croise l’aérien, où l’à peu près sensé croise le n’importe quoi. Dans les trois films, Dupontel s’intéresse aux exclus, aux personnes en marge de la société, de préférence aussi en marge de la raison et du sens commun, tout en portant sur eux un regard attendri. Le film est ainsi à contre-courant de toutes les tendances possibles, donnant le pouvoir d’un flic à un SDF amoureux d’une affiche, reclassant un groupe de SDF en les faisant organiser la campagne à succès " un repas contre un bébé ", ou faisant " évoluer " un PDG en marginal et ravi de l’être. Bien sûr, les petites gens aux petits esprits étroits s’étrangleront environ toutes les minutes, allez plutôt voir un Jane Austen.


Bon, c’est pas tout, mais c’est juste insolent et anarchiste, ce film ?
Pas seulement seulement, mais quand même pas mal. L’histoire s’amuse joliment avec ses personnages et arrive à surprendre, mais reste tout de même un peu trop outrée pour convaincre. Par contre, elle donne aux acteurs pas mal de matière à s’amuser, et aux spectateurs beaucoup d’occasions de rire, parfois bien fort. Le film mêle d’ailleurs quelques gags presque subtils à beaucoup de gags visuels irrésistibles, tenant plutôt du dessin animé que du film en prises de vue réelles. Le film possède en plus une vraie identité visuelle, martyrisant la caméra comme peu de film, donnant souvent l’impression qu’un séisme a atteint la cabine de projection. Le montage de certaines scènes est aussi à mi-chemin entre un talent criant et la folie à l’état pur. On va aussi parler d’une identité sonore, qui se traduit par une bande son a) très travaillée, b) totalement assourdissante (ce n’est pas un QCM, ne rayez rien). Ca crie, ça pleure (le bébé), ça hurle, ça vrombit, ça je-ne-sais-encore-quel-verbe-qui-fait-du-bruit, et en générale avec une musique très forte. Je ne dis pas que la bande son est désagréable, je dis juste qu’elle est un peu trop forte (et que si vous avez un mal de tête, allez voir un documentaire lituanien sur le vol des coccinelles).
Au final, le film est un joyeux n’importe quoi, définitivement différent, mais avec un je-ne-sais-quoi qui fait qu’il manque de convaincre. Peut-être le côté surprendre à tout prix, peut-être les personnages un peu barrés, peut-être qu’on a tellement pas l’habitude qu’on ne comprend pas ce qui nous arrive. Mais c’est aussi un film très drôle, très tendre et sincère, finalement, et qui ne ressemble à pas grand chose d’autre (ou si, sans doute, à son auteur). Assez de qualités pour qu’il mérite que vous alliez voir ce que vous en pensez. Ah oui, et ce film donne faim, très faim, même à la fin.

A voir : si le choquant ne vous fait pas peur
Le score presque objectif : 7,5/10
Mon conseil perso (de -3 à +3) : +2, on n’en fait pas souvent des comme ça

Sébastien Keromen