Dernières Actus
  KAAMELOTT REPORTÉ
  SOUL DE PIXAR DISPONIBLE PO...
  UNIVERSAL ET MGM REPORTENT ...
  MAFIA INC. DE DANIEL GROU E...
  THE WRETCHED LE 02 DÉCEMBRE...
  SUITS SAISON 9 EN DVD
  L'ACTEUR MICHAEL LONSDALE E...
  DISNEY ANNONCE LE LANCEMENT...

Les reines du ring : interview du réalisateur Jean-Marc Rudnick


Les reines du ring sera sur les écrans le 3 juillet 2013. Un film de Jean-Marc Rudnicki avec Marilou BERRY, Nathalie BAY, André DUSSOLLIER, Audrey FLEUROT, Corinne MASIERO et avec la participation d’Isabelle NANTY.

Synopsis : Rose, 30 ans, n'a qu'une idée en tête : renouer avec Mickaël, son fils de 11 ans dont elle a été séparée pendant plusieurs années. Mais la tâche s'avère compliquée. Lorsque Rose découvre la passion de Mickaël, elle pense avoir trouvé le moyen de dégeler la glace : elle va monter une équipe de catch avec ses trois collègues caissières.

Découvrez la bande annonce du film




Interview du réalisateur Jean-Marc Rudnick

Quelle est l’origine des Reines du ring ?

Au départ, ce sont trois scénaristes, Hélène Le Gall, Marie Pavlenko et Manon Dillys, qui m’ont proposé le projet pour que je le réalise. J’ai été très enthousiaste et j’ai donc fait lire le synopsis à mes producteurs Antoine Rein et Fabrice Goldstein : en quinze jours à peine, ils ont accepté de signer une convention de développement. Mais au bout d’un an, comme on souhaitait donner une orientation nouvelle au scénario, j’ai repris l’écriture du projet avec Clément Michel et, en l’espace de quatre mois, on a réécrit les dialogues…qui sont particulièrement percutants! Clément travaillait comme un sparring partner avec moi : il me donnait des idées de vannes et de dialogues, que je reprenais ou pas, et on a noué une complicité immédiate. J’adore les comédies mêlant les gags cartoonesques et le nonsense absurde à l’anglaise. Il fallait qu’on se fasse rire nous-mêmes : dans ces cas-là, on savait que cela fonctionnait. Le plus difficile en la matière, ce n’est pas tant de trouver des mots d’auteur que des répliques réalistes qui reflètent l’air du temps.

Ce n’était pas trop frustrant de partir d’un projet que vous n’aviez pas initié ?J’ai aimé l’histoire et j’avais envie de la réaliser. Je voulais faire un film «pop», dont on sort avec un grand sourire aux lèvres, un «feel-good movie» qui suscite le rêve et le fantasme ! Je me suis donc réapproprié ce qui était, dans un premier temps, un film de commande et qui est devenu un projet personnel.



Qu’est-ce qui vous a touché dans cette histoire ?
D’abord, la trajectoire de Rose (Marilou Berry), cette mère qui sort de prison et qui se met au catch pour reconquérir son fils. Plus généralement, j’ai aimé le parcours de ces quatre caissières de supermarché qui, en s’initiant toutes au catch, vont réussir à changer leur vie. Mais avant tout, je voulais qu’on croie à ce quatuor de personnages : le catch permet aux protagonistes de se révéler à elles-mêmes et de s’inventer d’autres identités. Car il y a aussi chez les catcheurs le plaisir simple de l’enfance consistant à s’imaginer un personnage : le ring, c’est comme une scène de théâtre où on joue un rôle.




Quelle était votre proximité avec l’univers du catch ?
Je suis du Nord, berceau du catch en France, et cela m’a donc renvoyé à des souvenirs d’enfance : mes parents regardaient des spectacles de catch à la télé et ils m’ont raconté leurs souvenirs. Ceci dit, je n’avais jamais moi-même assisté à un match et j’avais quelques préjugés sur cette discipline. Mais en m’immergeant dans cet univers et en allant à des galas de catch, je me suis rendu compte que c’était un vrai spectacle sportif nécessitant une grande technicité. Ce que j’apprécie, c’est le jargon qui s’est développé à partir du catch et les personnages de légende qui se sont créés autour de certains catcheurs. Au fond, c’est un univers de super-héros populaires qui nous ramène à une dimension de comédie sociale à l’anglaise. Cela m’a aussi inspiré les surnoms de mes super-héroïnes, comme «Calamity Jess», «Wonder Colette» ou «Rosa Croft» : la plupart du temps, les catcheurs se réapproprient des noms de personnages qui existent, en les détournant.

Avez-vous rencontré des catcheurs ?
Oui, et leur univers m’a fasciné. Ce sont souvent des gens qui font du catch par passion, mais qui n’en vivent pas, et qui ont donc un autre métier : certains sont ouvriers, d’autres, comme notre coach, est aussi cascadeur. Et même s’ils participent à des galas, ils sont généralement mal payés. Pour autant, ils doivent s’entrainer régulièrement car il s’agit d’une discipline très exigeante.

Comment avez-vous imaginé les quatre héroïnes ?
Colette est une femme de 50 ans, qui a trois enfants et qui se trouve à un moment difficile  de sa vie puisque son mari l’a trompée : elle pense que c’est l’arrivée du petit dernier qui  a détruit leur couple. Du coup, elle se dit qu’en faisant du catch, elle va pouvoir ranimer le désir chez son mari.




À 16-17 ans, Jessica était une ado mal dans sa peau : elle avait 20 kg de plus, de grosses lunettes et des bagues aux dents. Quand elle est devenue une vraie femme, elle s’est affinée et elle a eu besoin de rattraper le temps perdu avec les garçons : en collectionnant les aventures, elle a eu l’impression de se rassurer sur sa féminité. C’est une femme qui, pour la première fois de sa vie, va tomber amoureuse et fendre enfin la carapace.

Viviane, alias la Bouchère de Béthune, est une ado de 45 ans qui n’est toujours pas sortie de la période gothique ! Bouchère et fille de charcutiers, elle est franche du collier avec son entourage. Alors qu’elle pense être perçue comme quelqu’un de méchant, elle va tenter de devenir une «gentille» à travers le catch. Car il faut savoir que les catcheurs se partagent entre «gentils» et «méchants» et se créent toute une légende autour de leurs personnages. Et, parmi les filles, le look de Viviane la désigne naturellement comme «méchante». Peu à peu, elle va se résoudre à accepter son image pour être en harmonie avec sa nature profonde.

Rose a eu un enfant très jeune qu’elle a élevé seule. Un jour, elle a tué un type par accident et a été condamnée à cinq ans de prison. Une fois libérée, elle redécouvre son fils, placé dans une famille d’accueil : un fossé s’est creusé entre eux et elle prend conscience qu’elle va avoir beaucoup de mal à le reconquérir. Du coup, quand elle comprend qu’il est fan de catch, elle décide de monter une équipe de catcheuses pour se rapprocher de lui.

Et Richard, leur entraîneur ?
Richard «Cœur de Lion» est une ancienne gloire du catch. À la mort de sa femme, il a raccroché les collants et il est devenu l’homme à tout faire de la salle polyvalente où se déroulaient autrefois les combats de catch. Richard est désormais une sorte d’ermite un peu acariâtre, assez inspiré du personnage de Clint Eastwood dans Million Dollar Baby. Seule Rose lui donne envie de remonter sur le ring pour entraîner nos caissières et lui permet de faire le deuil de sa femme.

C’est aussi un film assez féministe, où les femmes, même les moins chanceuses, peuvent s’en sortir…C’est un film sur le «girl power» ! Les héroïnes viennent de générations différentes, et sont confrontées à des problématiques différentes, mais elles ont toutes la possibilité de changer leur vie. C’est donc un film «féministe» au sens le plus moderne du terme.



La résonance sociale ne prend jamais le pas sur la comédie.
J’ai fait confiance au choix des costumes et des décors pour ancrer le film dans un contexte social, sans pour autant aller dans une direction misérabiliste. D’ailleurs, si l’intrigue se déroule dans le nord, c’est parce que le catch y est prégnant. Du coup, la résonance sociale ne passe pas seulement par la narration, mais elle s’impose aussi visuellement – qu’il s’agisse des conditions de travail, des caisses du supermarché, des HLM où vivent les quatre héroïnes etc. Mais je tenais avant tout à raconter des trajectoires humaines. Car c’est vraiment un film sur la seconde chance. C’est pour cela que le parcours des personnages débouche sur le gala de catch et sur un univers fantasmatique de rêve et de strass au cœur même d’un environnement quotidien qui peut sembler banal et ennuyeux.

Comment s’est passé le casting ?
Pour un film choral, il était important que les comédiennes ne se ressemblent pas, d’autant plus que leurs personnages n’en sont pas au même point dans leur vie. D’où le choix d’actrices qui ont des personnalités très contrastées. Ce qui n’empêche pas, bien entendu, qu’on s’identifie à chacune d’entre elles. D’ailleurs, leur préparation au catch leur a permis de créer une vraie complicité : leur groupe existait avant même qu’elles n’arrivent sur le plateau.Nathalie Baye est étonnante en déléguée syndicale qui n’a pas froid aux yeux.Quand on a commencé à réfléchir au casting, on s’est dit qu’il s’agissait d’un type de personnage qu’elle n’avait jamais joué : Nathalie a un registre très large de rôles et pouvait donc être tentée de nous dire oui. Après notre rencontre, je lui ai montré mon premier téléfilm et on a retravaillé son personnage et ses dialogues. Elle m’a d’ailleurs confié que si elle n’acceptait pas un rôle pareil aujourd’hui, elle n’aurait sans doute plus jamais une telle opportunité. J’étais ravi car je savais qu’elle serait totalement crédible en Colette.

Et les autres comédiennes ?
Marilou Berry a dit oui tout de suite. Ce qui lui plaisait, c’était de jouer une jeune maman de 30 ans, ce qu’elle n’avait jamais fait jusque-là. Et l’idée de s’entraîner au catch l’emballait. J’avais surtout vu Audrey Fleurot dans Intouchables et dans la série Engrenages, où elle campe une avocate carriériste et froide. Pendant les essais, elle s’est révélée douée pour la comédie, en jouant un personnage plus haut en couleurs et plus outrancier, et elle a été une évidence immédiate.

Quant à Corinne Masiéro, je l’avais découverte dans Engrenages, où elle est extrêmement drôle en prostituée chti et dans Louise Wimmer, où elle incarne une femme vivant dans sa voiture. Elle a une incroyable palette de jeu et elle est d’une spontanéité totale.

Les seconds rôles sont magnifiques.
Je voulais qu’André Dussollier soit dans le film et il m’a donné son accord très rapidement. Il était comme un gamin sur le plateau : il tenait à apprendre des prises, à être des plus réactifs, et à se glisser dans la peau de son personnage ! De même, j’avais envie qu’Isabelle Nanty fasse partie du casting. Quand j’étais étudiant, j’étais allé sur le plateau de Tatie Danielle et c’est l’un de mes premiers souvenirs de cinéma. Je lui ai donc proposé le rôle de la gérante du supermarché car je savais qu’elle apporterait un côté décalé au personnage.

Les comédiennes ont-elles exécuté la plupart de leurs cascades ?
Pour que le film soit réaliste, il fallait qu’elles réalisent un maximum de prises elles-mêmes et, d’ailleurs, elles en avaient envie. On s’est donc entouré d’Alain Figlarz et du catcheur Vincent Haquin : ils nous ont aidés à tester les capacités physiques des actrices et à donner une personnalité de catcheuse à chacune. Progressivement, elles se sont entraînées dix heures par semaine sur le tatami, puis sur le ring pour éprouver la sensation d’une chute en conditions réelles. Il était crucial qu’elles apprennent à tomber pour savoir comment ne pas se faire mal. Pour des raisons de sécurité, elles avaient également des doublures, pour parer à l’éventualité d’une blessure et assurer la fluidité du montage. Mais au final, j’ai quasiment monté toutes leurs prises à elles et, pour la séquence du gala, j’ai privilégié les plans qu’elles ont elles-mêmes tournés.

Comment se sont-elles préparées à leurs «personnages de super-héroïnes ?
Elles ont travaillé leurs entrées au gala – spectaculaires dans le catch – et elles se sont imaginé des personnages fantasmatiques, notamment grâce aux magnifiques costumes. Et se créer un personnage, c’est s’inventer une autre identité et donc une part de rêve.

La séquence du gala est hallucinante !
À la fin de la préparation avec les filles, on a effectué un filage dans une salle où je les ai filmées sur un ring. C’est ce qui m’a permis de story-boarder la scène du gala pour déterminer précisément quels plans spectaculaires nous allions tourner, comment régler la lumière et quels effets spéciaux réaliser. En effet, l’éclairage sur l’entrée des filles n’était pas du tout le même que pour le combat sur le ring. C’était d’une telle précision dans la mise en place et la chorégraphie des filles que j’ai eu l’impression de tourner un deuxième film.

Et ensuite ?
Une fois que les comédiennes étaient sur le ring, on a tourné les combats. On a commencé par une première passe en travelling circulaire à deux caméras, tandis que deux autres caméras mobiles filmaient des gros plans des filles, diffusés sur un écran géant. Cela m’a permis d’avoir beaucoup de rushes pour le montage. Il fallait en effet que ce soit spectaculaire et qu’on ait l’impression de passer de Roubaix à Las Vegas ! Pendant le tournage, je visionnais les rushes au combo pour savoir ce qu’on allait garder comme plans tournés à la grue et au Steadicam. Tout était minutieusement chorégraphié et calibré : la lumière, le travail des filles et la mise en scène. On ne pouvait absolument pas se permettre d’être dans l’improvisation. De même, au montage, on a passé beaucoup de temps pour trouver le rythme de la séquence de gala Quelles étaient vos intentions pour la musique ?

J’ai travaillé avec le compositeur Archibald, un garçon brillant et créatif : il était aussi doué pour composer des morceaux «à la manière de» – comme l’entrée de Calamity Jess sur une musique inspirée d’Ennio Morricone – que d’imaginer des musiques plus personnelles, à l’image du thème de Rose. Je me suis aussi servi de musiques existantes, un peu datées, qui évoquent l’époque de Richard Cœur de Lion. Par la suite, on les a modernisées pour «signer» l’entrée de chacune des catcheuses au gala. Par exemple, pour le thème de Wonder Colette, on a d’abord utilisé la musique originale de la série Wonder Woman. En revanche, pour l’entrée en scène de Colette, Archibald l’a remastérisée avec des sonorités contemporaines, un peu house et techno. Ce qui nous permet non seulement de donner plus d’éclat au gala, mais de créer une ellipse narrative et artistique et d’indiquer que le personnage a évolué