Test Smyth Realiser A16 : votre salle home-cinéma modélisée à l’identique pour une écoute au casque

Verdict:Excellent

par: Bruno Orru


Le Smyth Realiser A16 est un ampli processeur home cinéma 16 canaux, exclusivement dédié à l’écoute au casque. Pas besoin d’ampli home-cinéma ni d’enceintes ! Avec seulement un casque sur les oreilles vous avez l’impression d’être dans votre salle (que vous avez modélisé) ou dans une salle sélectionnée (modélisée par un autre) et de profiter d’une expérience sonore multicanale totale c’est-à-dire de percevoir distinctement les sons provenant de chaque enceinte – y compris le caisson de graves, de la stéréo jusqu’à une configuration 24 canaux en 15.1.8. Cela semble incroyable et, à ma connaissance, le Smyth Realiser A16 est le seul appareil grand public qui répond à cette promesse.

Voici le test d’un appareil pas comme les autres, la première partie de ce test va donc être dédié à vous en présenter en détail le potentiel et les modalités de mise en œuvre. Je vous donnerai ensuite mes impressions après avoir modélisé ma configuration 7.2.4.

Veuillez noter que j’ai un lien professionnel avec le distributeur de ce produit, ce qui n’empêche pas bien évidemment de vous présenter ce test en toute intégrité et indépendance.

Par Bruno Orrù

Le Smyth Realiser A16 est un ampli processeur home cinéma 16 canaux (24 en Dolby Atmos), en priorité dédié à l’écoute au casque. Il donne à entendre au casque le rendu acoustique d'une installation multi-enceintes, dupliquée au préalable grâce à son système de micros binauraux fournis associé à un protocole de capture breveté. En ce sens, le A16 a vocation à remplacer un système home-cinéma multi-enceintes Dolby Atmos et DTS:X, sans les inconvénients d'encombrement et de bruit. Autrement dit, vous pouvez profiter de votre installation, sans déranger personne, et en étant installé ou que ce soit dans votre appartement, maison, jardin (avec prise électrique) etc. C’est également un achat intéressant si vous n’avez pas encore, ou plus d’installation home-cinéma. En prenant appui sur les captures de salles livrées par défaut ou partagées par d’autres acheteurs, vous pouvez alors prétendre à des sensations très haut de gamme.

 

De mon avis, le A16 cible principalement une écoute pour une seule personne mais deux auditeurs, chacun avec leur casque, peuvent profiter du programme joué. En notant, et c’est important, que chacun profite alors de réglages indépendants. En ce sens le Realiser A16 peut aussi être considéré pour faciliter l’écoute à une personne qui présente des difficultés auditives et voudra par exemple écouter plus fort.

 

2 formats

Le Smyth Realiser A16 est disponible en deux formats ; le Realiser A16 HS (Head Stand - support de casque) affiche un format plutôt vertical. C’est le modèle historique et c’est celui que j’ai eu en prêt pour Realiser ce test. Le Realiser A16 2U, de format horizontal, est une proposition alternative plus récente, d'aspect plus conventionnel, avec ses 43 cm de large et 8,8 cm de haut. C’est sans aucun doute la version la plus simple à intégrer. La version HS que j’ai eue m’a posé différents soucis de placement au vu de sa hauteur de 28 cm. Mais elle permet plus facilement de ranger le casque une fois l’écoute finie. Pour les deux versions, la disposition des cartes en interne est simplement différente, car les fonctionnalités sont sinon 100% identiques. Le prix aussi d’ailleurs.

Haute technologie modulaire
Le Realiser A16 est un petit concentré de haute technologie, au développement artisanal, dans le bon sens du terme. Juste pour faire un aparté, on le doit aux frères Smyth, deux nord-irlandais qui par le passé ont conçu l’algorithme APT-X du Bluetooth et le Coherent Acoustic du codage DTS.

Le boitier renferme 6 cartes de circuits imprimés : 1 carte pour les connecteurs HDMI, 1 carte pour les décodages Dolby/DTS et 1 carte de contrôle entre les 2 précédentes, la carte principale de traitement SVS, de pilotage de l’écran, de contrôle du A16 et des autres connecteurs, 1 carte audio analogique avec les 16 entrées / sorties, les 2 sorties casques, le suiveur et 1 carte dédiée à l’écran LCD couleurs de 8,6 cm. La conception est modulaire, ce qui facilite l’évolution par remplacement de blocs, en retour atelier. Les premiers A16 d’ailleurs ont pu évoluer ainsi de 16 canaux en décodage Atmos, à 24 canaux.

Le A16 embarque un convertisseur N/A AK4490, 32 bits/196 kHz avec un rapport S/B de 120 dB. Il est associé à un ampli casque capable de délivrer jusqu'à 10 volts de tension. Un commutateur à 3 positions de gain en façade permet d'adapter la tension de sortie à l'impédance du casque.



Quel casque pour le A16 ?
Par défaut, aucun casque n'est fourni avec le A16. En théorie, le Realiser A16 peut être appairé avec tout type de casque stéréo, y compris les casques Hi-Fi car il intègre en effet un ampli capable de piloter les modèles les plus gourmands. Mais surtout, en mesurant la réponse du casque sur vos oreilles lors de la configuration initiale, le procédé applique une correction inverse, de façon à supprimer la "signature" du casque. J’en reparle plus bas dans les modalités de capture.

Est-ce que la qualité du casque importe ?
La réponse est oui car il serait illusoire de penser que l’égalisation en place pour neutraliser le comportement du casque est 100% efficace. Notamment dans les extrêmes et certainement de manière plus marquée dans la gestion du grave ; je vous rappelle qu’on parle notamment de home-cinéma et donc d’explosions et d’effets sonores tonitruants et si votre casque a des « limites » vous aurez inévitablement des problèmes de saturation. J’ai pu le vérifier en changeant de casque lors de mes essais.

Quand vous discutez avec les concepteurs, ils vous enseignent que les meilleurs choix sont généralement les modèles de type "ouverts" (une grille permet au son de s'échapper de l'écouteur), car ils sont moins contraints que les modèles "clos" ou "fermés". Naturellement plus aérés, ils donnent aussi plus d'air à la restitution et c’est clairement l'effet recherché.

Au-delà de la technique, c’est le confort qui doit également être considéré mais si vous avez déjà l’habitude d’écouter au casque vous savez déjà que c’est important. Si vous avez l’habitude d’écouter un peu de musique à la maison ou en déplacement, ce sont généralement des séances courtes, en tout cas moins longue qu’un film qui peut dépasser allègrement les 2 heures.

À noter que le distributeur propose en option un casque sélectionné, le AV-1, avec jolies joues en bois et membrane de 50 mm. C’est une « suggestion d’accompagnement » comme on dit, qui a l’avantage d’être certifiée pour bien fonctionner avec le A16, et n’empêche pas de chercher son bonheur ailleurs. Mais en la matière, le prix des bons casques grimpe vite et en bundle, le AV-1 est à 200 €. C’est celui que j’ai reçu avec le A16 et utilisé principalement pour ce test. Petit détail important, son cordon audio est de 3m, ce qui vous laisse suffisamment de recul.

Alors oui, il y a cette contrainte filaire dans un monde de plus en plus sans fil. Smyth ne recommande pas de casque sans fil, car la compression détruit les précieuses informations spatiales. Surtout quand il ne faut pas qu’il y ait de délai. Et Smyth s’y connaît en la matière comme je vous le disais précédemment le Codec APT-X du Bluetooth, c’est eux.



Décodage(s)
Le A16, comme n’importe quel ampli home-cinéma décode les principaux formats multicanaux des Blu-ray, Ultra HD Blu-ray, et services en ligne, jusqu'au Dolby Atmos (max. 15.1.8), DTS:X (7.1.4 ou 9.1.2). Bien entendu le PCM est également géré. L’Auro-3D le sera prochainement en 9.1 pour ceux qui apprécient ce format. Une mise à jour logicielle vers le DTS:X Pro est également annoncée pour 2021.

Comme tout ampli home-cinéma, le A16 peut soit reproduire le mixage nativement à l'échelle 1:1 (par exemple un mixage 5.1 joué sur une configuration virtuelle 5.1), ou, à la demande, appliquer un upmix (Dolby Surround, DTS Neural:X, Auro Matic) pour augmenter le nombre d'enceintes jouées, jusqu'au maximum de la salle virtuelle d'écoute sélectionnée.

A date de ce test, mi-novembre, les versions commercialisées n’embarquent pas encore les décodages DTS:X et Auro-3D (ni leurs upmix afférents) mais sont bien prévus en mise à jour gratuite. Ceci-dit, j’ai eu la chance pour ce test d’avoir une version béta de la future mise à jour DTS:X, qui a fonctionnée sans aucun bug. Dans l’intervalle, les propriétaires d’un A16 peuvent quand même profiter des formats en récupérant les pistes DTS des Blu-ray et Ultra HD Blu-ray au format PCM 5.1 ou 7.1. C’est alors le lecteur optique qui fait la conversion automatique sans perte en PCM 5.1 ou 7.1.



Ce qui est par contre dommage, surtout à notre époque, c’est que le A16 n'inclut ni lecteur multimédia de clé ou de disque dur USB, ni fonction de lecture réseau DLNA. Pour des écoutes audio stéréo ou 5.1 SD ou HD dématérialisée, il faut donc interfacer un lecteur multimédia externe, relié au A16 en HDMI, coaxial, optique ou USB (type DAC), avec conversion du tout en PCM. Cette conversion permet par ailleurs de contourner une limite, actuelle, concernant la fréquence d'échantillonnage qui plafonne à 48 Khz et non à 96 Khz, ce qui est absolument nécessaire quand on possède, comme moi, de nombreux enregistrement audio HD. Là aussi, c’est une limite qui devrait disparaître avec une prochaine mise à jour, qui nécessitera néanmoins des captures de salles en 96 Khz.

Connectique
Le A16, comme indiqué en préambule est un processeur home-cinéma et, à ce titre, dispose d’une connectique similaire, permettant de jouer un rôle de centrale audio-vidéo. Ah oui, la vidéo. Il est important de signaler ici que le A16 laisse passer vos flux vidéo, jusqu’au 4K HDR ou Dolby vision considérant la version HDMI 2.0b actuelle. Pas de soucis donc pour le relier à votre téléviseur ou projecteur. Sa sortie HDMI est également eARC, ce qui permettra de récupérer directement le son de son téléviseur, et notamment des applications (je pense à Netflix, en Dolby Atmos). Mais pour l’heure, cette entrée n’est pas encore active.

 

Voici le détail de la connectique arrière :

Les entrées :

    • 4 entrées HDMI. En signalant que, comme un ampli home-cinéma c’est le seul moyen de profiter des codages Dolby Atmos, DTS:X et bientôt Auro 3D

    • 1 entrée audio numérique au format optique

    • 1 entrée audio numérique au format CINCH/RCA, pour le PCM stéréo, Dolby Digital et DTS

    • 1 port USB Type B, pour un usage en mode carte son 16 canaux PCM (ordinateur)

    • 8 entrées analogiques stéréo audio jack 3,5 mm pour un usage du A16 avec une source analogique jusqu’à 16 canaux

    • 1 entrée audio analogique stéréo au format CINCH/RCA

 

Les sorties :

    • 1 sortie HDMI, à relier à l’écran (téléviseur, projecteur, moniteur). Fera également office d’entrée eARC.

    • 8 sorties analogiques stéréo audio jack 3,5 mm pour la capture de salles, et alternativement utiliser le A16 comme processeur home-cinéma jusqu’à 16 canaux.

    • 1 sortie casque pour l’utilisateur A au format optique, coaxial numérique (pour ampli casque DAC), mais aussi stéréo sur CINCH

    • 1 sortie casque pour l’utilisateur B au format optique, coaxial numérique (pour ampli casque DAC), mais aussi stéréo sur CINCH

    • 1 sortie audio stéréo sur CINCH pour connexion d’un subwoofer ou d’un vibreur de siège basse fréquence

 

 

Voici le détail de la connectique avant :

    • 1 sortie casque pour utilisateur A sur prise jack 6,35 mm avec 3 réglages de gain en fonction de l’efficacité du casque

    • 1 sortie casque pour utilisateur B sur prise jack 6,35 mm avec 3 réglages de gain en fonction de l’efficacité du casque

 

Mais aussi pour les besoins techniques

A l’arrière :

    • 1 port réseau RJ-45 pour communication via un navigateur Ethernet en IP

    • 1 port USB Host pour usage futur qui reste à être défini

    • 1 connecteur de masse pour le bracelet anti-électrostatique

    • 1 entrée alimentation DC basse tension

A l’avant :

    • 1 port micro-SD pour échange de fichiers et mise à jour du firmware

    • 1 entrée pour les micros de mesure binauraux sur 2 ports micro-jack 2,5 mm

    • 1 port de chaînage du suiveur sur jack 3,5 mm

    • 1 port pour une télécommande filaire IR sur jack 3,5 mm

    • 1 port pour le référent IR du suiveur de tête sur jack 3,5 mm

 

Modalités de capture de salle
Le A16 arrive avec tout l'équipement pour capturer votre salle, mais il est prêt à l'emploi à la sortie du carton, pour celui qui est impatient ou qui n'a pas de salle à capturer. Il est préchargé a minima avec 2 captures : la première est une salle expérimentale de la BBC à 32 enceintes, en configuration 16 canaux 9.1.6 mais aussi 24 canaux 15.1.8. La seconde est une salle en 22.2 de l'IoS (Institute of Sound Research), de l'Université de Surrey. Une mesure de casque du Sennheiser HD800s est également incluse, mais mieux vaut faire la sienne, déjà avec son propre casque, et sur ses oreilles. Quand vous achetez le A16, vous devenez membre d’une communauté qui s’échange les fichiers de configuration de salle, le Club Realiser. Vous pouvez donc prétendre à profiter de nombreuses alternatives, si vous n’avez pas de salle ; c’est clairement un point fort pour multiplier les expériences, sans bouger de chez soi. Des mesures de salles sont également incluses avec la carte micro-SD fournie, laquelle contient le manuel pas à pas en français. Il faut alors les charger sur son A16.

Le A16 opère la capture de salle au moyen de 2 microphones binauraux - fournis - à positionner comme des écouteurs intra-auriculaires. Le processus mesure en une seule session l'emplacement 3D, la distance et la signature sonore de vos enceintes (jusqu’à 16 enceintes), ainsi que les caractéristiques acoustiques du local dans lequel elles sont déployées. Il est important ici de comprendre que la capture est personnelle et c’est cela qui va apporter toute la pertinence d'une reproduction virtuelle à l'identique au casque. C’est pourquoi les captures tierces sont une alternative, certes, mais un cran en dessous en termes de fidélité spatiale à une capture 100 % personnelle.

 

Le procédé de capture n’est pas compliqué en soi, mais suit des étapes assez nombreuses. Heureusement le mode d’emploi, en français, donne un pas à pas précis. Les principes et modalités de capture s’apparentent aux captures d’égalisation de tout ampli home-cinéma sauf que là, les micros sont dans vos oreilles ! Et pour que le rendu de la copie au casque soit le plus pertinent, la capture prend en compte 3 directions de tête, à 0°, +30° et -30° pour permettre ensuite d’enclencher un suivi des mouvements rotatifs de la tête précis lors de l'écoute au casque. C’est une des clés d’un ressenti de salle, d’enceintes, au final, et non d’une écoute de type casque.

Comme pour un procédé d’égalisation, la capture se réalise via un signal audio glissant, du grave aux aigus (sweep). Le A16 compare avec ce qu'il reçoit en retour par les 2 micros dans les oreilles, de façon à appliquer ensuite à l'écoute au casque cette même transformation. On appelle ça une convolution binaurale. Deux modes de capture sont possibles. Je ne me suis pas lancé dans l’option mode direct ou l’on raccorde le A16 en analogique à un ampli, car il faut de nombreux câbles que je n’ai pas. Le plus simple est le mode asynchrone, où le A16 n’est pas connecté à l’installation mesurée. On va jouer en fait une structure de disque AVC HD (fournie) depuis une clé USB, où sont contenus les sonorités de mesures. Le lecteur Blu-ray (moyen – haut de gamme) en mode fichier reconnaitra cette structure et permettra de lancer les tonalités de configuration et mesure. C’est plus simple et cela permet en plus que la capture tienne compte de l’éventuelle égalisation de pièce active quand vous faites une séance cinéma ou une écoute audio.

Je ne vous cacherais pas ici que j’ai eu quelques difficultés à réaliser la capture. La procédure est pourtant simple, je vous le garantis, mais j’ai mis du temps à comprendre que cela ne fonctionnait pas… car mon ampli ARCAM n’arrivait pas à décoder correctement la partie de signal contenant les instructions, envoyées sous la forme d’impulsions sonores façon vieux téléphone filaire. J’ai pu débloquer la situation en convertissant le fichier récalcitrant dans un autre format. L’info est remontée au constructeur, qui va sans doute modifier le fichier. Hormis cela, la procédure n’est pas très longue, comptez entre 15 et 30 minutes selon votre sensibilité à manipuler vos appareils et le A16. C’est en fait un temps court si l’on considère la somme de calculs qui est opéré et la qualité de la capture, que l’on mesure rapidement lors des premières écoutes.

Tout le pilotage se fait avec la télécommande, avec le contrôle directement sur l’écran du A16. Il n’y a pas d’OSD. D’où l’intérêt en mode asynchrone de l’avoir près de soi, pour suivre les étapes sans devoir plisser les yeux.

 

Une fois fait, on obtient un fichier PRIR (Personal Room Impulse Response) qui va pouvoir être utilisé pour construire les salles virtuelles que le A16 va utiliser pour les écoutes Dolby, DTS et PCM. On peut utiliser la totalité des enceintes d’un fichier PRIR, ou en piocher à la carte. Des assemblages sont en effet possibles, par exemple pour compléter une salle 7.1 avec des enceintes plafond pour le Atmos d’une autre capture, et obtenir au final une salle virtuelle 7.1.4 « qui n’existe pas », sauf au casque !

Modalités de capture de casque
Avant ou après la mesure de salle, car c’est une procédure indépendante, le casque de l'utilisateur doit également être mesuré (une seule fois) sur ses oreilles, ceci pour minimiser sa signature sonore et son influence sur le rendu final. Au moyen du même dispositif de micros binaural, le A16, via cette capture additionnelle, va appliquer une courbe de réponse inverse personnalisée par rapport au casque pour supprimer le plus possible sa coloration inévitable. Le résultat est stocké sur un fichier HPEQ (HeadPhone EQ) et si vous changez ce casque vous devrez alors refaire une mesure pour générer un nouveau fichier HPEQ, que vous pourrez utiliser avec toutes vos salles virtuelles.

Il y a un autre élément à prendre en compte c’est que, même assis à écouter, nous bougeons la tête. Il est donc impératif de pouvoir tenir compte de ces mouvements rotatifs, et de les intégrer dans le processus de virtualisation au casque. C'est le suivi de tête (head-tracking). Sans ça, le cerveau est perturbé, car il ne comprend pas pourquoi quand la tête tourne, la scène sonore (au casque) fait de même ; ça n'est pas réaliste. Pour contrer cela et garder une scène sonore fixe, comme en vrai, le A16 fait les captures de toutes les enceintes pour 3 orientations de tête horizontale,  à  0°et à +/-30°. Il en déduit ensuite par calcul toutes les positions intermédiaires, au dixième de degré près.

Au-delà de cette capture de base, si vous souhaitez allez plus loin pour augmenter encore le degré de liberté de mouvement, il est également possible de faire des captures pour pouvoir faire un 360° avec sa tête et/ou en regardant en haut et en bas. Mais ceci rallonge passablement la procédure de capture, pour un intérêt limité. Car l’écran reste quand même devant...

Au quotidien, cette intégration du suivi de tête pour appliquer un ajustement compensatoire en temps réel fait appel à deux accessoires. L’un, dit le suiveur dans le manuel, se place sur le casque via un élastique et est relié au A16 par un cordon micro-jack. L’autre, dit le référent, se place au centre de l’écran (sous ou au-dessus) est relié à l’unité A16 par un grand câble jack. Attention à bien le placer car c’est lui qui sert de repère optique au suiveur sur le casque, pour lui indiquer le 0°, alias la position de l'enceinte centrale de la salle virtuelle écoutée.

Mine de rien, via ces deux petits accessoires qui vont échanger, il y a de la haute technologie : 3 pour être plus précis : un gyroscope pour la verticalité, du magnétique pour l'orientation et de la communication optique par infrarouge avec le référent pour le repère du 0° dans l'espace.

En pratique lors des écoutes, avec le suiveur positionné sur le casque et son référent, le A16 détecte et compense en temps réel les orientations de tête sans aucune latence afin de proposer une scène sonore où les enceintes ne bougent pas dans l'espace. Et de noter ici, même si cela peut paraître évident que le suivi ne porte que sur la rotation de la tête et pas les déplacements latéraux car normalement quand vous êtes au cinéma ou dans une salle de concert vous ne bougez pas de place. Mais du coup, le A16 propose une écoute toujours à la meilleure place, bien centrée dans le « sweet spot », même si vous êtes complètement sur le côté, dans le canapé.

Vous l’avez compris, ce suivi nécessite donc un câble supplémentaire depuis le casque. Il est relativement fin et doit-être couplé au câble du casque, avec le suiveur fixé sur le haut de l’arceau par un clip maintenu par un élastique noir (fourni). Si ce montage vous ennuie il est possible de ne pas utiliser le suiveur de tête, avec alors le risque d’un début de séance (quand on s’installe et l’on bouge le plus) avec un décalage image et son perturbant. Mais qui disparaît au bout de quelques minutes.

Deux autres précisions. Le Realiser A16 est livré avec le kit de suivi pour un seul casque. Pour un second casque, il faut acheter en plus un kit avec un suiveur, le câble, le support et… l’élastique. Il est à 170 €. Par ailleurs, pour le casque AV-1 optionnel proposé en bundle, le système de suivi est livré monté.

Confortablement installé
C’est l’heure du verdict mais avant de vous partager mes impressions voici celles de mes 3 cobayes féminines habituelle en trois mots : « Chelou », « Troublant » et « Impressionnant ». Alors pourquoi ces trois mots ? Tout simplement, car les 3 ont d’abord été persuadées d’entendre les enceintes au point de me dire que le casque ne fonctionnait pas ! (Le test s’est réalisé dans ma salle habituelle). Ce qui les a troublées le plus c’était de retrouver exactement le son de la salle, avec l’habituelle perception multicanale (tests réalisés sur les habituels trailers Dolby Atmos et deux extraits de film).

Et c’est au final le bon résumé de ce que vous devriez normalement ressentir avec ce A16. Si la capture est bien réalisée, vous êtes dans la salle comme avec les enceintes en marche ; le casque est totalement transparent. C’est la grande différence avec les habituels procédés de virtualisation qui ne vous enlève jamais la sensation d’être au casque. Avec le A16, d’autant plus si votre casque est confortable, le casque n’existe pas !

Autre élément très troublant, c’est de percevoir naturellement et avec distance les sons issus des enceintes. Vous pouvez être surpris de la manière dont je le décris mais c’est bien cela, on entend les sons venant des enceintes, avec un ressenti d’espace qui est exactement celui de mon auditorium. De fait, vous n’avez aucune gymnastique mentale à Realiser puisque votre esprit se croit dans la salle, avec ces enceintes autour de vous. Et ce qui ajoute au troublant c’est que les graves sont bien là, notamment pour tout ce qui vrombissement et bruits tonitruants. C’est un peu moins marqué au niveau de l’impact, car seul le grave audio est reproduit, mais naturellement pas la pression sur le thorax d’un vrai caisson de basse.

C’est donc étonnant réaliste, à l’exception des dialogues que globalement, j’aurais souhaité plus focalisés. Sachant que cela dépend clairement du mixage car parfois ceux-ci étaient bien placés, au niveau bas de l’écran et centré dans l’axe mais trop souvent ils étaient un peu trop en hauteur pour moi et légèrement élargis en stéréo, comme si l’enceinte centrale n’existait pas. Une chose est sure, c’est qu’en changeant de salle d’écoute (entre celles proposées par défaut ou d’autres salles disponibles) ce ressenti était différent, signe qu’il s’agit plutôt d’un effet de salle plutôt qu’une limite de procédé.

En dehors de cette remarque, le A16 produit une expérience époustouflante de vérité, notre vérité, celle de notre salle habituelle. Alors évidemment, j’ai transporté le A16 dans mon salon et dans une chambre pour voir comment mon esprit gérait la décorrélation entre perception d’être dans l’auditorium par l’écoute et observation d’être ailleurs par le regard. Eh bien, on s’habitue très vite ! Cela en est même très plaisant, car on sait alors qu’on bénéficie d’une expérience inédite : celle d’être dans une salle home-cinéma… sans y être ! Je n’ai pas essayé la véranda et le jardin mais nul doute que confortablement installé dans un relax à écouter de la musique en multicanal ainsi installé « ça le fait » !

 

Alors justement venons-en aux différentes expériences réalisées

 

La musique
En stéréo ce que vous entendez est évidemment proche de toute écoute stéréo au casque mais avec cette différence importante : vous êtes dans votre salle et non pas « enfermé » dans ce cadre stéréo  que vous propose habituellement toute écoute au casque. Et évidemment cela change tout, car vous avez ainsi une perception à l’identique des caractéristiques de votre pièce, notamment par ses aspects de réverbération (ou pas) et de profondeur.



Pour de la musique en multicanal, j’ai surtout expérimenté les mixages Dolby Atmos disponibles via Tidal. Cela a été possible en branchant un Amazon Fire Stick 4K sur l’une des entrées HDMI. Instantanément l’appli a détecté un appareil compatible Dolby Atmos. Là aussi, l’expérience est troublante car j’ai clairement retrouvé les sensations de placement et de déplacement des objets sonores de ma salle. Le morceau 7 rings d’Ariana Grande est révélateur en ce sens et l’on perçoit distinctement que les sons bougent entre les enceintes arrière et verticales. Alors c’est un petit cran en dessous de la réalité pour la partie verticale, mais quand même très proche.

 

Le cinéma
Vous pouvez prétendre à profiter de tout type de décodage nous l’avons vu, que ce soit issu d’un lecteur Blu-ray ou Ultra HD 4K bien entendu mais aussi des plateformes vidéo ; Netflix, Amazon Prime vidéo, Disney+ etc. lesquels sont riches en contenus Dolby Atmos en plus du 5.1.

Ce qui est certainement le plus marquant, désolé d’insister, c’est de se croire dans la salle, comme si c’était en écoute « normale » c’est-à-dire sans casque. C’est intimement lié à une notion d’espace. Ce qui arrive dans les oreilles est totalement affranchi de barrière ou de sensation qu’on est encadré de deux oreillettes de casque. Notamment si le casque ne serre pas trop la tête, ce qui est le cas du AV-1. Avec en corollaire une sensation dynamique fortement similaire (mais pas totalement identique non plus) et une directivité générale ou spécifique quasiment à l’identique. Par contre, de nombreux détails sonores s’entendent mieux, car au final ils sont moins mélangés dans la bulle sonore. C’est particulièrement vrai pour tout ce qui est détail sonore dans le haut médium et les aigus, et pour tout ce qui est fugace en particulier dans les enceintes surround et/ou verticales. Autrement dit on peut redécouvrir, avec un peu plus d’acuité, les meilleurs mixages.

Pour vérifier la pertinence de la spatialisation, j’ai surtout écouté des trailers Dolby Atmos et DTS:X. Notamment ceux Dolby Amaze et Dolby Cinema - Universe (Nature's Fury)*, ce dernier envoyant en 360° horizontal et vertical des sons. C’est franchement impressionnant, avec une localisation parfaite dans l’espace et, toujours, cette sensation de distance, que le son provient bien des enceintes au loin et non pas des haut-parleurs tout à côté des oreilles du casque. Le trailer DTS:X Object Emulator* est également éloquent avec sa circulation sur deux niveaux des objets sonores. Là aussi, la sensation est ultra réaliste.

* https://thedigitaltheater.com/dolby-trailers/ pour télécharger ces trailers en Dolby Atmos et DTS:X

 

J’ai regardé de nombreux extraits de film, notamment en Dolby Atmos et DTS:X pour vérifier que le A16 gérait parfaitement toutes les situations de mixage, et je n’ai rencontré aucun problème.

C’est à ce moment-là que j’ai découvert une série de boutons sur la télécommande, qui permet de sélectionner une enceinte spécifique de la salle virtuelle ou, en sélection inverse, d’écouter l’ensemble puis de retirer une ou plusieurs enceintes. Alors c’est clairement une possibilité qui ne peut intéresser que ceux, comme moi, qui aiment bien décortiquer un mixage en écoutant ce qui se passe, par exemple, uniquement sur les surround et/ou les enceintes d’effet. Mais c’est clairement une fonction que je n’ai vue nulle part ailleurs, et qui permet aussi de constater la grande efficacité du A16, car quand vous sélectionnez les enceintes une par une ou en groupe, vous entendez clairement l’origine du son… exactement où se trouve l’enceinte active, en réel ! Et quand en plus vous faites cela exactement à l’emplacement où vous êtes habituellement, vous vous rendez compte de l’étonnante similitude dont est capable ce Realiser A16.

En conclusion
Je pourrais vous parler encore un bon moment de ce que j’ai perçu, mais vous l’avez compris, le Smyth Realiser A16 tient ses promesses pour restituer, à l’identique (en tout cas de manière fortement similaire) l’expérience sonore de votre salle ou de lieux privés ou publiques prestigieux, que vous n’avez pas forcément visités, en utilisant les captures PRIR de tiers, en partie ou intégralité.

Je ne rentre pas dans le débat du prix de l’appareil… La dépense n’est pas négligeable, clairement. À voir en fait quelle utilité vous pouvez avoir de ce Realiser A16. Si c’est pour profiter d’une expérience home-cinéma premium et que vous n’avez pas de salle, alors la dépense mérite d’être considérée, car vous êtes bien en dessus du coût d’une salle home-cinéma haut de gamme réelle dûment équipée en configuration 7.1.4, voire en 9.1.6 et ne parlons pas de 15.1.8 où il faudrait en plus une salle de très grande dimension… Et ceci naturellement, sans encombrer le salon avec des enceintes, ni occuper une salle dédiée. Ni patienter pour des travaux.

Maintenant, si c’est pour dupliquer l’expérience de votre salle, je vous laisse voir si, en effet, c’est le bon prix du silence (séances cinéma à toute heure sans déranger personne) et ou du transport de cette expérience dans d’autres lieus ; votre maison, une maison secondaire ou autre second lieu d’habitation (parents, enfants, petite ami(e) etc.).

Personnellement, j’ai trouvé cette expérience avec le SMYTH Realiser A16 particulièrement troublante, car c’est bien la première fois que je suis face à une solution capable de me restituer une expérience sonore au casque qui s’apparente en tous points à ce que je peux profiter quand je suis au cœur de mon auditorium. Et avec un appareil réel, qui n’est ni de la science-fiction, ni un concept.

 

Informations :

Prix : 4290€ (version horizontale 2U ou verticale HS)

Option :

- avec casque stéréo AV-1, 4490 €

- mesure personnelle de salle 9.1.4 pour le Smyth Realiser A16 : 150 € (à Paris dans les locaux de AV-in).

Site officiel français : http://www.smyth-realiser.fr/a16/

Vente directe : https://av-in.com/collections/smyth-realiser

Contact téléphonique : 01 77 13 85 79

 

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