Poker : l'interview de François Montmirel



Avec le succès de consultation de la critique de "Poker On Line", DVDcritiques devait d'interviewer François Montmirel pour faire le point sur ce phénomène qui envahit tous les médias.

Champion de poker en 1998 et 2000, François Montmirel est le seul auteur français de livres sur le poker. Il a adapté dans la langue de Molière de nombreux livres américains (dont le livre "Poker pour les nuls") sur le sujet, mais écrit également ses propres ouvrages : "Poker Cadillac" et le "Poker On Line". La critique de "Poker On Line" est disponible ici.

François Montmirel tient un blog (www.over-pair.com) et donne des cours de poker sur Paris. Autant dire que nous avons affaire à un vrai auteur et un grand pédagogue.

Simon Volant a posé 10 questions à François Montmirel sur le phénomène du poker. Les questions sont en gras.

 

1. Il me semble que l'année 2006 sera marquée par l'explosion du poker. On le voit à la télévision, au cinéma, dans les magazines et de nombreux forums sont dédiés à ce jeu. Le poker est aussi bien prisé par le grand public que par les grandes stars qui n'hésitent pas à s'afficher autour d'une table.

Mais, en fait quel est, selon vous, l'élément déclencheur de la "folie poker" et quelle est son ampleur en France, en Europe et dans le Monde ?

Il y a eu une combinaison de facteurs.

Le premier a été la sortie du film "Les Joueurs", en 1998, qui montrait une version moderne du poker, au-delà des clichés habituels. Ensuite, en 1999, ont été créées les premières émissions télé de poker, c'est-à-dire des comptes rendus de tournois, d'abord au Royaume-Uni puis aux Etats-Unis. Au même moment, les premiers sites de poker en ligne ont été lancés, mais le poker sur internet n'a été vraiment médiatisé qu'à partir de 2002, avec la création des deux plus gros sites, PartyPoker et PokerStars. En 2003, un nouveau pas a été franchi avec les tournois qualificatifs en ligne pour des tournois live internationaux, comme les WPT (World Poker Tour) ou les WSOP (World Series Of Poker). Le champion du monde 2003, Moneymaker, est d'ailleurs issu de ces qualifications en ligne.

L'Europe n'a fait que suivre le mouvement. Le premier circuit de tournois européen a été créé fin 2004, c'est l'EPT (European Poker Tour) diffusé sur EuroSport.

Dans le même temps, en France et depuis 1998, des clubs locaux se sont créés spontanément à partir de groupes de copains. Ils ont mis en place des forums internet pour échanger des idées et annoncer leurs tournois. Ces clubs locaux officieux sont essentiels pour la dynamique du poker en France : grâce à eux, un nouveau poker émerge, le poker de divertissement. On y joue pour des sommes réduites (2, 5, 10 euros par soirée) tout en ressentant des émotions intenses. C'est une nouvelle pratique du poker, une pratique de masse qui n'existait pas avant et qui rend le poker plus sain. Je rencontre toutes les semaines des joueurs qui sont des salariés, des fonctionnaires, des enseignants, même des élus... Autrefois, seuls les artistes, les macs, les commerçants et les truands jouaient au poker !

 

2. Comment avez-vous ressenti cet engouement pour le poker cette année ?

J'ai tiré mon dernier livre (Poker Cadillac) à 3.000 exemplaires. Je trouvais que c'était trop, mais il me semblait que cela devait suffire pour 10 mois de vente environ. Le stock a été épuisé en 4 mois. J'ai dû réimprimer le livre en catastrophe en novembre 2006, et cette fois en 10.000 exemplaires ! J'en vends environ 1.000 par mois.

Je suis beaucoup sollicité aussi pour du coaching et des cours collectifs en province. En novembre, j'ai passé 15 jours au Brésil avec un groupe de Français désireux de se perfectionner. Chacun avait payé plus de 3.000 euros pour ce faire. Une autre session est prévue pour mars 2007.

Mon blog (www.over-pair.com) connaît aussi un succès inattendu. Je l'ai lancé en février 2006 et en novembre, je dépassais les 50.000 pages vues mensuelles, avec plus de 500 visiteurs uniques quotidiens. Et cela augmente toujours...

Il y a incontestablement une montée en charge du marché, avec de nouveaux adeptes tous les jours. Je pense que le marché augmente d'environ 50% par an et que cela va durer trois à cinq ans, comme aux Etats-Unis... d'autant que le poker déboule aussi dans les casinos français.


 

3. On a vu depuis quelques années de grands champions de poker trébucher face à de jeunes joueurs qui se sont initiés sur le poker en ligne.

Pensez-vous que l'on peut devenir un grand joueur sur une vraie table uniquement en jouant sur internet ?

Moneymaker est l'exemple type du joueur qui s'est qualifié sur internet et qui a réussi à devenir champion du monde, au nez et à la barbe des plus grands champions. Il prouve donc qu'en jouant online, on peut devenir un champion live.

Mais j'insiste sur un point : le joueur lui-même doit être très bon au départ. S'il comprend mal le jeu, s'il ne s'entraîne pas, il n'arrivera à rien, qu'il joue online ou en live. Le jeu online n'est en rien une recette pour gagner les tournois live.

 

4. Qu'apporte le poker pratiqué en ligne et que lui manque-t'il ?

Il apporte un entraînement intensif, car comme le jeu défile 3 fois plus vite qu'en live, les décisions sont plus rapides et plus nombreuses sur un laps de temps égal. Si en plus on joue sur plusieurs tables à la fois, l'entraînement est démultiplié. Un exemple : si vous jouez sur 4 tables à la fois online pendant 2 heures, c'est exactement comme si vous aviez joué 24 heures d'affilée sur une table live !

Internet apporte aussi la possibilité de s'entraîner à des tarifs très bas, l'avantage de jouer sans sortir de chez soi, de rencontrer des joueurs extrêmement différents... Le jeu online comporte beaucoup d'avantages.

Au point de vue des inconvénients, je place en premier le problème de l'hypnotisme. Le jeu sur écran peut devenir compulsif, on peut perdre ses repères sociaux. Mais c'est aussi un problème qui arrive aux joueurs live.

L'autre inconvénient majeur est qu'on n'a pas de lecture adverse, ou très peu. On joue sans voir l'adversaire, sans le ressentir, donc le pan psychologique du jeu est quasiment absent. C'est une chose importante, car beaucoup de joueurs online s'écroulent en live devant la pression que leur imposent les joueurs d'expérience.

 

5. Les groupes qui tiennent les sites de poker en ligne deviennent très puissants, les casinos de Las Vegas ont-ils du souci à se faire ?

Au contraire ! C'est ce qu'ils ont cru au départ, mais il est prouvé maintenant que le jeu online est l'antichambre du jeu live en casinos. Le jeu online permet de rameuter le maximum de nouveaux joueurs, qui un jour ou l'autre iront dans les casinos.

Par ailleurs, une synergie existe entre le live et le online : les sites de poker organisent des tournois qualificatifs pour les grands tournois des casinos, ce qui amène de nouveaux clients pour les uns et les autres.

 

6. Votre livre (Poker On Line) permet à tout un chacun de se lancer sereinement dans le poker en abordant de manière accessible les différentes facettes de ce jeu sur internet.

Une fois que j'ai gagné mon premier Sit'n'Go je n'ai donc plus besoin de lire autre chose ?

Au contraire, c'est là que les choses sérieuses commencent ! "Poker On Line" comprend des éléments stratégiques importants, notamment à travers plusieurs études de cas réels qui servent de base pour des commentaires stratégiques. Mais cela n'est qu'une introduction.

Pour passer à l'étape supérieure, il faut bien sûr avoir accès à des textes plus pointus, plus techniques. Mon livre "Poker Cadillac", qui comporte plus de 600 pages, est précisément fait pour cela et ne traite que du Hold'em no limit, le poker des grands tournois. "Poker De Tournoi", lui, ne voit le poker que sous son angle de compétition, et traite des différentes variantes qu'on rencontre dans les tournois.

Je déplore d'être le seul à écrire sur le poker en France, je préférerais avoir des collègues qui amènent des créations qui leur sont propres. A la place, les lecteurs trouveront aussi des intérêts dans des livres traduits, comme "Poker Pro" ou "Poker pour les nuls", voire dans des livres en anglais, comme "Super System I/II" ou "Harrington on Hold'em".


 

7. Quelles sont les qualités que doit posséder un joueur de poker ?

Elles sont nombreuses. Mais j'en citerai seulement quatre : patience, discipline, ruse, opportunisme. Pour les longs tournois, j'ajouterai l'endurance. Quatre heures de jeu non-stop, cela peut paraître long à vos lecteurs. Qu'ils sachent simplement qu'un tournoi national moyen dure rarement moins de huit heures d'affilée.

 

8. Quelles sont les qualités que l'on développe en jouant au poker ?

En premier lieu l'observation. Mais aussi la capacité à sélectionner : les cartes, le moment d'attaquer, le moment de se retirer. Le poker est un jeu où seuls gagnent ceux qui savent prendre des décisions. Le joueur hésitant n'a aucune chance.

 

9. Si je pose la question sur un site de joueurs passionnés et pratiquant quotidiennement ce jeu, tout le monde ou presque annonce qu'il gagne de l'argent au poker (Cf Club Poker).

Quel est le taux de joueurs gagnants/perdants au poker sur le long terme ?

Un joueur avouera rarement qu'il perd au poker. Au plus, il vous répondra : "ca va, ça vient". Il existe beaucoup de joueurs qui dégagent un budget jeu mensuel et qui le consomment en jouant au poker. Ce sont des perdants heureux, en quelque sorte, comme quelqu'un qui serait nul au golf, mais qui y jouerait pour se faire plaisir, au prix des cotisations et du matériel.

Un quart des joueurs gagnants est réaliste, c'est d'abord parce que les sites prélèvent entre 5 et 10% des enjeux, et ensuite parce que certains joueurs sont particulièrement doués, tandis que d'autres sont particulièrement nuls.

 

10. On constate que de nombreux grands joueurs de poker sont aussi experts dans d'autres disciplines comme le golf, les échecs, le backgammon, etc.

Pensez-vous que l'engouement pour le poker peut relancer d'autres jeux traditionnels comme le backgammon ?

Sans aucun doute. D'ailleurs, certains grands sites de poker proposent maintenant des tournois de backgammon. Comme le poker, le backgammon comporte une part de calcul, une part de chance pure et une part de bluff. Le poker et le backgammon sont les deux seuls jeux au monde où les coups peuvent ne pas se finir. Au poker, si personne ne suit une relance, le coup est interrompu, le relanceur empoche le pot et on passe au coup suivant. Idem au backgammon : si le relanceur du videau n'est pas tenu par son adversaire, il gagne la partie et on en commence une nouvelle.

 

Ressources sur le poker chez DVDcritiques :

DVD de poker

Critique de Poker On Line

Liens :

Blog Arte TV

Over Pair, le blog de François Montmirel

Micro Application

Club Poker, le site de joueurs français le plus important