Mehdi est sur un fil. Il joue le rôle du fils algérien parfait devant sa mère Fatima, tout en lui cachant sa relation avec Léa ainsi que sa passion pour la gastronomie française. Il est chef dans un bistrot qu’il s’apprête à racheter avec Léa. Mais celle-ci n’en peut plus de ses cachoteries et exige de rencontrer Fatima. Au pied du mur, Mehdi va trouver la pire des solutions.
D’abord acteur de Télévision (Wild Side) et de Théâtre (Un pays dans le Ciel), Amine Adjina réalise avec « La Petite cuisine de Mehdi » son premier film. Une œuvre qui parle de ses racines, de cette pluri culturalité qu’il de de vissée au corps et aux tripes et notamment de cette expérience qu’il a lui-même vécue, celle de présenter sa petite amie à sa famille. Dans l’idée, cela donne une promesse d’une comédie rafraichissante, et d’une vision de l’intérieur de ces deux cultures qui se rencontrent à travers l’union de deux enfants.
Mais voilà, à trop vouloir en faire, le réalisateur, qui a également signé le scénario, se laisse aller à la peinture un peu trop appuyée et y met des ingrédients qui n’avaient pas à s’y trouver et cela donne une accumulation de situations qui finissent par perdre de leur saveur, notamment pour des raisons de cohérence narrative. Et pourtant il y avait de très bonnes idées, et de bonnes intentions, mais le réalisateur semble avoir perdu le fil de sa propre intention et à trop vouloir en mettre livre, ici, une œuvre, certes, pas désagréable en soi, mais qui manque cruellement de saveur par un excès de bonnes intentions.
Et pourtant, le réalisateur avait mis beaucoup de chances de son côté, comme celle de sa distribution, à commencer par Younès Boucif, dont la prestation, installe immédiatement, un personnage sympathique et touchant. L’acteur que l’on a pu voir dans « Le Ravissement » (2023) d’Iris Kaltenbäck ou encore « Les Magnétiques » (2019) de Vincent Maël Cardona, livre, ici, une composition toute en simplicité et en précision pour ne pas en faire de trop et faire sombrer son personnage dans une caricature de lui-même qui l’aurait mis d’office hors sujet. Et face à lui, il y a l’immense Hiam Abbass (Rock The Casbah) dans un rôle aussi tendre que drôle où l’actrice montre tout son talent pour la comédie et les personnages complexes. L’actrice offre, d’ailleurs, l’une des scènes les plus réjouissantes du film, celle où elle apprend la danse du ventre, dans un train, à une assistance médusée et conquise.
Mais voilà la distribution, ne parvient pas à faire la balance entre cette pétillance et les déséquilibre du scénario. Si la mise en scène d’Amine Adjina est précise, le scénario part trop dans tous les sens pour livrer une œuvre cohérente et réussie de bout en bout. Alors, nous rions, nous sommes séduits, mais il reste quelque chose de déséquilibré qui nous empêche constamment, et durant tout le film de nous sentir totalement bien dans cette comédie qui abordait un sujet intéressant : Cette pluri culturalité dont nous devrions être fier, même si elle ne se fait pas forcément dans la douceur, nous l’imaginons parfaitement. Dommage, mais le réalisateur saura rebondir dans sa prochaine réalisation, nous n’en doutons absolument pas !