Au fil des bouleversements que la Z.A.D. de Notre Dame des Landes traverse depuis l’abandon du projet d’aéroport, la forêt se transforme en territoire de lutte. La Z.A.D. devient une terre de métamorphoses où les idéaux des habitant.e.s se confrontent à la répression de l’État.
Il y a des sujets clivants qu’il est bon de traiter parfois avec un autre angle pour que le spectateur puisse y entrer et se faire une idée différente du préjugé avec lequel il l’abordait avant de rentrer dans la salle. C’est le cas de la ZAD de Notre Dame des Landes rendue célèbre pour son opposition à la construction d’un aéroport proche de Nantes que les opposants jugeaient non seulement inutile mais dangereux pour l’équilibre environnemental de la région. Ce projet initié en 1963 était destiné à désengorger la possible saturation de l’aéroport de Nantes. En Novembre 2012, le premier Ministre Jean Marc Ayrault décide de repousser de six mois les travaux qui devaient débuter en 2013, jusqu’à ce qu’en janvier 2018, après de nombreux rebondissements et tractations le nouveau premier ministre Edouard Philippe n’annonce l’abandon définitif du projet. Tout cela grâce à une mobilisation et une opposition forte qui s’est organisée dés 1972 et n’a jamais faiblie. En 2010, les opposants au projet créé une ZAD, entendre par cela Zone à Défendre. Pendants plus de trois ans, opposants et militants vont s’opposer à la police qui les expulsera régulièrement et détruira leurs structures qu’ils ont construit et qu’ils reconstruisent inlassablement. En 2013, Police et Militaires quittent les lieux
La ZAD devient alors, une zone d’expérimentation anticapitaliste et anti-autoritaire, créant ainsi une nouvelle forme de vie en communauté basée sur le respect constant de la nature et des métiers sont mis en valeur comme les charpentiers et différentes activités comme l’agriculture vivrière, une agriculture tournée vers l’autoconsommation. Mais lorsqu’en 2018, le premier Ministre annonce la fin du projet, une question se pose alors : Que va devenir la ZAD ? C’est là que démarre le film de Laurie Lassalle, la réalisatrice a pu gagner la confiance des Zadistes, soumis à la pression du pouvoir politique et répressif et particulièrement de la DGSI, et découvrir une société parfaitement construite autour d’un personnage : La Forêt. Car, oui, dans « Forêt Rouge », il est question de lutte, de préservations, mais avant tout de cette forêt qui représente un eco-système à part entière que les habitants de la Zad ont su parfaitement intégrer et utiliser dans un respect quasi religieux. Et c’est toute la qualité du film de Laurie Lassalle que de nous emmener dans les sous-bois, de poser sa caméra au milieu de ces idéalistes qui cherchent, avant tout, à respecter la nature qui les entoure, à prouver aux pouvoirs en place que vivre dans le respect de l’autre et surtout en intégrant que la forêt n’est pas un lieu mais un être vivant qui s’autosuffit comme peut le faire l’homme pour peu qu’il s’en donne l’envie.
Chaque plan participe à une sorte de chant d’amour à la nature, à cette forêt qui donne tout et parvient à s’accommoder de la présence des utopistes. Une ode à cette nouvelle vie en communauté, à cette manière de faire communier l’humain et son environnement. Mais le documentaire va, dans sa deuxième partie rentrer en lutte, avec l’arrivée de ces policiers en armes face à des militants qui n’ont que leurs mains pour se défendre. Alors les images se font plus fortes, le spectateur se retrouve face à ses propres paradoxes, comme les habitants de la ZAD, qui vont tout utiliser pour défendre leur communauté. Et là de l’utopie nous passons à l’enfer, celui des pneus brulés, des gaz lacrymogènes, des boucliers, des cris, des tentatives vaines de dialogues et surtout de deux camps qui ne pourront jamais s’entendre et dont l’un n’a, malheureusement, aucune chance de survivre face à l’autre. « Forêt Rouge » apparaît alors comme un documentaire nécessaire pour mieux comprendre ce que l’on regarde de notre lucarne avec une tonne de préjugés sans vraiment comprendre l’importance et la force de ce combat que mènent ces gens qui travaillent et ont des enfants tout en vouant une grande parenthèse de leur vie à cette préservation si importante pour nous qui sommes conscient que le réchauffement climatique n’est pas un complot contre les populations mais une réalité.
Un entretien passionnant avec la réalisatrice qui revient sur ce tournage hors du commun et à haut risque.
Puis « No(s) Futur(s) », un film additionnel de Laurie Lassalle, tourné en 2026, qui nous parle de l’après ZAD.