Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.
Pour son premier film en tant que réalisateur, le comédien Anthony Dechaux (Sage Femme) nous plonge avec « Le Guerre des Prix », dans le monde très fermé des acheteurs des acheteurs., et particulièrement celui de la grande distribution et de son rapport tendu avec les agriculteurs. Mais, au-delà d’une simple peinture d’un monde que l’on connaît très peu, finalement, mais qui est pourtant au cœur de notre système de consommation (Ce sont eux qui charger de négocier les prix pour pouvoir offrir les meilleurs offres aux consommateurs tout en générant de confortables profits). C’est assistant à un séminaire annuel des acheteurs de la Grande distribution, que le réalisateur a eu l’idée de l’intrigue de son film. Mais fort heureusement, il a décidé d’opposer les deux mondes les plus symbolisant cette pratique compliquée en mettant face aux héros de son histoire un agriculteur qui tente de survivre et de soigner son exploitation. Deux mondes qui dépendent l’un de l’autre, mais n’ont pas les mêmes objectifs moraux.
Alors on pourrait reprocher au réalisateur d’avoir écrit un scénario bourré de clichés entre méchants acheteurs de la Grande Distribution et les gentils agriculteurs, et d’avoir un peu faussé son propos par une dose un peu lourde de bienveillance envers l’un et de froideur envers l’autre. Mais ce serait injuste de ne se focaliser que sur les défauts du scénario écrit avec Maël Piriou (Ils sont Partout), avec l’aide de Benjamin Charbit (La Vénus Electrique) et Mathilde Belin (Les Kassos), car « La Guerre des Prix » a le mérite de garder certaines nuances en dessinant des personnages différents au sein de la centrale d’achats avec le rustre, vieux et agressif, la jeune femme aux valeurs chevillées et la directrice pour qui le profit n’a pas d’état d’âme. Et même si en face les personnages sont plus conventionnels, ils ont le mérite de mettre en lumière cette tension permanente qui se joue dans ces salles où les prix sont négociés et où certains jouent leur avenir. Une course au profit à travers une lutte des prix, où les règles sont tellement tendues et les ficelles tellement manipulées par ceux qui ont l’argent que les dés sont pipés d’avance.
Et d’ailleurs la mise en scène d’Antony Dechaux, va dans ce sens en opposant constamment les deux univers, celui sans âme à la froideur presque d’une salle d’interrogatoire d’un commissariat où celui qui a les meilleures clés est celui qui gagne, mais où le perdant peut voir tout son équilibre s’écrouler, avec celui plus aéré des fermes où le combat pour la survie est permanent. On pense évidemment au cinéma de Stéphane Brizé (La Loi du Marché) pour le style documentaire que le réalisateur utilise dans sa mise en scène. Il ne cherche jamais les grands effets, mais sait parfaitement faire monter la pression et plonger son film dans une sorte de thriller sociétal, où le spectateur ne peut que ressentir la pression qui se joue en permanence chez ces deux acteurs de l’alimentaire.
Enfin, il y a le jeu impeccable de la distribution. Ana Girardot (Le Comte de Monte-Cristo) campe une jeune acheteuse avec une palette de nuances qui va continuellement chercher dans la subtilité pour mieux la rendre forte et fragile en fonction de là où elle se trouve. Olivier Gourmet (Edmond), acteur charismatique, pour qui le corps est une force de jeu, impose sa stature. Moins monolithique que d’habitude, il parvient à donner de l’humanité à un personnage qui est censé en manquer. Et puis enfin, Julien Frison (De La Comédie Française), comme Swann Arlaud dans « Petit Paysan » (2017) d’Hubert Charuel parvient à sortir de son style « parisien » pour incarner avec beaucoup de précision dans les gestes et les postures sont personnage d’Agriculteur qui défend ses valeurs.
Dans les bonus, nous allons retrouver un entretien passionnant avec Anthony Déchaux, le réalisateur du film, et Olivier Mevel, économiste des chaînes de valeur alimentaire. Les deux reviennent sur le sujet du film principalement et l’angle d’attaque le réalisateur a choisi.
Puis 3 séquences du film commentées par le réalisateur.