C’est l’histoire de Céleste, jeune bonne employée chez Victoire et André, en 1908. C’est l’histoire de Victoire, de l’épouse modèle qu’elle ne sait pas être. Deux femmes que tout sépare mais qui vivent sous le même toit, défiant les conventions et les non-dits.
Adaptation Libre du roman de Léonor de Récondo : « Amours », édité en 2015, « La Condition » est une peinture d’une époque mélangée aux sujets de débats de la nôtre. Sur un scénario qu’il a lui-même signé, Jérome Bonnell (Vous ne désirez que moi) tisse, ici, une histoire dont l’action se situe au tout début du XXème siècle en y insufflant les préoccupations de notre époque : Le consentement, l’émancipation, la condition féminine et le patriarcat. Dans un style qui évite tous les pièges de la surenchère, il va dessiner ses personnages, leur apporter toutes les nuances nécessaires.
Avec une rigueur et un sens du tempo inné, il construit son intrigue, plonge dans la psychologie complexe des personnages et particulièrement de ces femmes, toutes à la fois victimes et déterminées à reprendre les rênes de leurs destins. Précis, parce que le scénario ne cherche pas à surligner les situations, mais, tout au contraire à jouer sur la subtilité, ces changements presque imperceptibles qui vont s'opérer, principalement chez ces femmes que tout oppose et qu'un homme apparaît en dénominateur commun. C'est lui qui apparaît également comme opérant des changements subtils entre passivité et inintérêt total pour l'esprit de ces femmes qu'il considère par son comportement comme lui appartenant, et lui étant inférieures.
Et la mise en scène de Jerome Burnell va dans ce sens en jouant sur le huit clos, pour mieux créer un sentiment d'étouffement chez le spectateur. Le réalisateur ressert ses plans, assume ses choix d'éclairage pour appuyer légèrement un sentiment, une action. Jamais dans la surenchère, il parvient avec un détail subtil à donner corps à cette complexité des relations qui unissent les personnages. Il sait s'attarder au bon moment sur un visage, sur une pièce ou sur un regard pour nous plonger dans l'univers sombre et quotidien de ces femmes. Et même s’il a changé la fin par rapport à celle du roman, tout est cohérent dans la démarche du réalisateur qui va, alors, chercher avant tout à faire réagir le spectateur.
Et, comme souvent, la réussite du film, en plus de sa mise en scène, revient à la partition impeccable de son trio : Galatea Bellugi (Chien de la casse) et Louise Chevillotte (Le Tableau Volé), deux actrices aux compositions différentes mais à la qualité de jeux résolument payantes. Les comédiennes font preuve en permanence de subtilité et de précision dans des rôles complexes. Face à elle Swann Arlaud (L’Etranger) qui continue d’imposer un jeu sobre et discret dans lequel il parvient toujours à insuffler un nombre incalculable de nuances et de sentiments qui le font passer de tendre à monstre par un simple regard ou une position particulière du corps.