Mahnaz, une infirmière de 45 ans, élève seule ses enfants. Alors qu’elle s’apprête à épouser son petit ami Hamid, son fils Aliyar est renvoyé de l’école. Lorsqu’un un accident tragique vient tout bouleverser, Mahnaz se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation...
Le cinéma de Saeed Roustaee a cela de particulier de mettre de manière quasi systématique, une femme au centre de son récit. Parfois, faussement accusé d’être trop complaisant avec le régime, il sait comme d’autres dans des pays différents et à des époques différentes, dépeindre avec une certaine intelligence la vie de ces femmes et de ces hommes au cœur d’un régime qui n’offre pas de grandes libertés, particulièrement aux mères et aux filles qui doivent répondre à des lois de plus en plus restrictives mais qui parviennent toujours à garder leur honneur et leur force face à des hommes assez pleutres qui se cachent derrière des lois d’une absurdité crasse. Que ce soit avec « La Loi de Téhéran » en 2021 ou « Leila et ses Frères » en 2022, le réalisateur impose un style et de manière, peut-être moins frontale que ses compatriotes plus révérés : Jafar Panahi (Un Simple Accident) ou Ashgar Farhadi (Une Séparation), Roustaee ménage son propos, ne sort pas de la route pour mieux contourner la critique tout en faisant passer un message.
Car dans « Woman and Child », le réalisateur nous emmène dans les pas de Mahnaz, une infirmière qui élève seule ses deux enfants, ce qui devrait être déjà une preuve de courage, mais dont on va vite comprendre qu’il est, en fait, une honte. Elle doit alors se marier, dans une sorte d’obligation liée à sa condition, mais les cartes seront rebattues lorsqu’un drame va survenir et qu’elle décidera d’obtenir réparation. Les dessous de la société Iranienne apparaissent, alors, dans tout ce qu’il y a de plus paradoxale, sa vision du meurtre, l’autorité et ses limites et la place des femmes dans une structure implacablement patriarcale. Loin d’un discours lisse, le réalisateur, qui a signé le scénario, sait parfaitement ce qu’il veut dire et trouve la bonne manière de nous faire passer le message.
Si l’on peut reprocher à Saeed Roustaee d’avoir su jouer avec la censure et le régime pour tourner son film, on ne peut pas lui reprocher d’être critique d’un régime qui étouffe son peuple de lois toutes plus absurdes les unes que les autres et laisse, ainsi, une jeunesse se faire écraser par le poids d’une culture de l’oppression. Sa mise en scène est toujours très proche de ses personnages et particulièrement de cette femme, encore une fois, point centrale d’une intrigue qui se tisse doucement mais tragiquement. Mais cette fois-ci, le réalisateur décale son regard de quelques idées pour aller vers les incohérences du quotidien du peuple Iranien, avant l’invasion Américaine.
Et puis, il y a Parinaz Izadyar, déjà présente dans « La Loi de Téhéran », immense actrice qui, de son regard, parvient à transcender un personnage qui va de courage en déchirure et de force en trahison. L’actrice impose sa présence, et la manière dont elle aborde la partition qu’elle va jouer, est impressionnante de justesse et de précision. Face à elle un autre habitué du réalisateur, Payman Maadi (13 Hours) dont la subtilité de jeu force le respect, car, ici l’acteur a la lourde tâche de représenter l’espoir, la trahison et, d’une certaine manière, la métaphore de la société patriarcale. « Woman and Child » est un film fort, qui se déroule en douceur, mais reste une tragédie qui nous montre le quotidien des femmes Iranienne confrontées à la douleur et à l’obsession des hommes du pays de ne pas les entendre.