En 2017, une région du Portugal est ravagée par de gigantesques incendies qui emportent des forêts entières… et des vies. Quelques mois plus tard, un petit groupe de survivants — une petite fille Justa et son père grand brulé, une vieille femme devenue aveugle, un adolescent — tentent tant bien que mal de se reconstruire. Chacun affronte ses traumas, ses silences, ses fantômes. Mais certaines expériences demeurent impossibles à partager pour ceux qui ne les ont pas traversées.
Beaucoup ont abordé le sujet de la reconstruction psychologique après un drame violent. On se souvient, bien sûr de « Revoir Paris » d’Alice Winocour en 2022, la série « Des Vivants » de Jean-Xavier de Lestrade et Antoine Lacomblez en 2025, qui revenaient tous les deux sur les attentats de 2015 et la reconstruction des survivants, ou encore « Sauver ou Périr » de Frédéric Tellier en 2018 où l’on suivait le difficile parcours d’un pompier brûlé gravement lors d’une intervention sur un incendie. Chacune de ces œuvres plonge dans la psychologie avec des mots, des colères et tentent de mettre en image et en son cette souffrance, inexplicable, incontrôlable que le temps peut apaiser ou les rencontres, les soutiens mais la chair continue de consumer l’esprit.
Avec « Justa » la réalisatrice portugaise Teresa Villaverde (Contre ton Cœur) a décidé d’aborder le sujet des victimes des grands incendies qui ravagèrent une région du Portugal en 2017, par le biais des silences et surtout avec un scénario qui va se limiter au minimum, mais permettra aux spectateurs de mieux se laisser imprégner par ces histoires de personnes qui virent leurs vies chavirer lorsque les grands incendies se jetèrent sur eux. Une vieille femme devenue aveugle, une petite fille et son père très grands brûlé et un adolescent mutique. Le scénario de la réalisatrice ne veut pas faire dans le sensationnel, on ne voit d’ailleurs jamais d’images des incendies, seulement le quotidien de victimes qui se parlent entre elles, se confient et tentent d’avancer. Avec une certaine forme de résilience, elles avancent dans la vie, apprennent le quotidien avec leurs séquelles, mais les incendies sont présents dans leurs regards, dans leurs silences et dans leurs gestes.
Et puis il y a cette mise en scène presque documentaire qui suit ses personnages avec une douceur touchante. Le père de la petite fille, joué par Ricardo Vidal, qui n’avait jamais fait de cinéma ni jamais joué, offre une des prestations les plus marquante, notamment lorsqu’il refuse une forte indemnisation, et préfère aller au procès pour que les responsables de ce désastre prennent conscience de la souffrance qu’ils ont infligés à des personnes qui avaient chacune une vie normale partie en fumée par l’inconsistance de certains. Mais là, où la mise en scène de Teresa Villaverde est une réussite c’est qu’elle ne cherche pas à impressionner et encore à apporter un jugement, elle laisse les traumas parler d’eux-mêmes.
« Justa » est un film fort qui ne laisse pas indifférent et, surtout, qui marque durablement le spectateurs et qui aide à comprendre à quel point ces incendies vont bien plus loin que des hectares calcinés, qu’un drame écologique et environnemental, c’est également des vies détruites et des hommes et des femmes qui vont devoir apprendre à vivre avec leurs traumas, leurs handicap, sans jamais être certain de pouvoir l’accepter, d’autant que le regards des autres changent également et que d’une vie simple avec ses ambitions, on se retrouve à survivre avec une étiquette sur le front : « Victime », sans être sûr que la société ait bien retenue les leçons de ces drames qui se renouvellent chaque année.