Karine et Jimmy forment un couple uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine ; lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand surgit le mouvement des Gilets Jaunes, Karine est emportée par la force du collectif, la colère, l’espoir d’un changement. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille.
En 2022, avec « Les Promesses » Thomas Kruithof abordait la politique et son rapport au peuple à travers le parcours d’une élue qui se battait pour ses convictions et pour ses administrés. Avec « Les Braises » il prend le sujet mais de l’autre côté de la barrière, en plongeant au cœur des Gilets Jaunes qui, de 2018 à 2020, ont porté la colère et les revendications du peuple allant jusqu’à faire trembler le pouvoir et les institutions. Ce fut également un mouvement qui mit en lumière les difficultés de ces groupes à s’unir pour la même cause et à trouver un leader naturel, mais surtout le mouvement des gilets jaunes fut également le miroir des violences policières venu d’un pouvoir qui ne savait plus comment répondre et d’un mouvement cannibalisé par la violence de groupuscules décidés à profiter de cette spontanéité anarchique. Avant tout, « Les Gilets Jaunes » ce fut un mouvement où des Messieurs et des Mesdames tout le monde allaient sur des ronds-points, pacifiquement, dans une sorte d’utopie communicative, où les revendications se structuraient dans une ambiance conviviale et bon enfant, pour ensuite aller porter eu plus sommet les colères et les inquiétudes du peuple.
Ce mouvement ne fut pas qu’un tsunami sociétal et politique. Pour ceux qui y participèrent il eu des incidences sur leur vie privée. Et c’est tout le sujet du film de Thomas Kruithof que de mettre en lumière, cet engagement qui n’est pas forcément bien perçu par les autres membres de la famille et qui ont pu mettre en péril la stabilité des couples, le combat galvanisant celui qui s’y lance. Sur un scénario qu’il a lui-même écrit avec Jean-Baptiste Delafon (Gourou), Thomas Kruithof construit une intrigue dans laquelle, une femme se lance dans le mouvement et voit sa vie changer radicalement lorsque les policiers interviennent lors d’une de leurs manifestations. Ce qui est intéressant, c’est que le scénario ne cherche pas à prendre parti, il pose sa réflexion sur les deux côtés de la barrière en opposant frontalement les deux visions du combat. Celui des Gilets jaunes et celui des autres qui n’espèrent qu’avancer dans leurs vies et résoudre leurs problèmes et qui voient ce mouvement comme une utopie sans avenir.
La mise en scène de Thomas Kruithof va dans ce sens de ne pas épouser particulièrement un point de vue, mais de mettre en lumière ce qu’un combat provoque comme bouleversement dans la sphère intime et familial. Filmé en Scope, le film donne une dimension à la fois plus distante et en même temps très immersives des personnages auxquels on s’identifie rapidement. A travers un plan celui de la famille en train de manger dans la cuisine, le réalisateur nous prend par la main, en positionnant sa caméra à l’extérieur puis en entrant, comme s’il nous disait : « Maintenant, nous rentrons chez ces personnes et nous allons vivre avec eux pendant une heure trente. ». Le film ne perd jamais son dynamisme, ni son objectif de vue. Avant tout, « Les Braises » c’est un film sur l’intimité d’une famille dont la mère va plonger à corps perdu dans un combat qui la dépasse et va provoquer un séisme au sein de son cercle familial.
En plus d’une mise en scène inspirée et précise, il faut souligner la prestation des deux acteurs principaux : Virginie Efira tout d’abord, qui signe ici une prestation d’une puissance folle et prouve, une nouvelle fois, qu’elle est une actrice possédant une très grande palette d’émotion et qui est devenu, avec le temps, inévitable dans les productions auteuristes ou non. Et puis Arieh Worthalter, moins connu, mais tout aussi majeur et que l’on a vu dans « Le Procès Goldman » de Cedric Khan en 2023. L’acteur a appris à conduire un camion pour être crédible dans son personnage de chef d’entreprise de transport. L’acteur signe une prestation apaisée et précise, avec des nuances qui viennent colorer son personnage en fonction des situations.