Dans le vieux château de Grottegroin, un savant fou fabrique, rafistole et invente sans cesse des monstres farfelus. P'tit Cousu, sa toute première création oubliée avec le temps, sert de guide aux nouveaux monstres. Jusqu’au jour où un cirque débarque en ville… À la recherche d'une nouvelle attraction, son propriétaire Fulbert Montremonstre tente par tous les moyens d'accéder à cette fabrique de monstres. P'tit Cousu pourrait bien être la star de son futur spectacle...
Mais non, il n’y a pas que l’animation US dans les productions actuelles et certaines peuvent même largement rivaliser avec les mastodontes américains ! Ici, nous parlons de l’adaptation d’un roman graphique de Guy Bass : « Stitch Head » dont les illustrations sont signées par Peter Williamson et qui a pour intrigue les aventures d’un petit bonhomme fait de bouts de tissus et de ficelles. Roman à destination des enfants qui pourrait s’inscrire dans une production de Tim Burton.
Libre adaptation, donc, du roman graphique de Guy Bass : « Stitch Head » et magnifiquement illustré par Peter Williamson, « La fabrique des Monstres » est avant tout un long métrage d'animation européens qui traite de bien des sujets à commencer par la différence, le vivre ensemble et surtout les préjugés. Il fait dire que le réalisateur britannique Steve Hudson (Bethleem), accompagné de Toby Genkel (Maurice le chat Fabuleux), signe son premier long métrage d'animation et contrairement à ce que pourrait laisser entendre sa filmographie, il va d'abord s'adresser aux enfants. Et pour cela il a décidé de rajouter de la couleur de lui donner un aspect moins sombre que dans les romans qui jouent beaucoup sur les codes de la littérature jeunesse avec des monstres. Ici, P'tit cousu (Stitch Head en VO) est un personnage austère a l'humour noir, qui distille des répliques cinglantes et ne crois pas au monde qui l'entoure. Jusqu'à ce qu'il intègre un cirque et qu'il y devienne populaire. Sans être plombent, le scenario signé de la main du réalisateur, prend alors le risque de livrer une fable plutôt destinée aux parents sur les dérives de l’Entertainment et les risques d'une célébrité mal protégée. Avec une aisance et une fluidité remarquable, l'intrigue va alors utiliser tous les codes de l'animation hollywoodienne pour en tordre ses défauts.
D'ailleurs la mise en scène, qui peut, parfois paraitre un hystérique avec des mouvements très rapides, des personnages qui hurlent beaucoup, va, dans sa deuxième partie marquer un peu le pas pour mieux appuyer cette cassure que va ressentir le jeune p'tit cousu dans cette redescente après l'euphorie de la célébrité nouvelle et tout ce que cela comporte. C'est certainement la partie la plus réussi du film, puisqu'elle nous amène tout doucement vers un sujet qui se devrait d'être universellement protégé et insufflé : l'acceptation de la différence et la tolérance de l'autre. Et sans jamais être ni dans la leçon lourdingue, ni dans le prosélytisme de comptoir, l'histoire et la mise en scène nous entraine dans une aventure amusante, rafraîchissante et idéalement réalisée pour les petits comme pour les grands.
Impossible de ne pas parler de la distribution, en VO du moins qui apporte toute cette subtilité dans le traitement des personnages. On y retrouve l'impeccable Asa Butterfield, la star de la série « Sex Education » qui avait brillé chez Scorsese dans « Hugo Cabret ». Joel Fry, l'irrésistible pote gênant du film « Yesterday » de Danny Boyle, avec son phrasé si reconnaissable. Ou encore Ron Brydon de la série « The Trip », dans le rôle du professeur. Alors oui, l'animation européenne sait concurrencer avec brio les majors Hollywoodienne, avec des œuvres profondes et sensibles.