Les restes du déjà mort Kharis n'ont-ils pas fini de se consumer ou presque (sans vouloir vous spoiler le précédent film, « La Main... », également critiqué ici) que l'habile et commercial producteur associé d'Universal, Ben Pivar, a l'idée d'en relancer un film (si 58 minutes peuvent s'apparenter à un film -le premier faisant bien 66 minutes) !
Ainsi fait-il revenir dans les studios californiens d'Universal, en ce début juin 1942, les acteurs Dick Foran, Wallace Ford et George Zucco, que pourtant tout le monde croyait mort à la fin du précédent (mais non, la balle qui l'a frappé et a fait débouler dans ces escaliers du temple de « L'Enfer Vert », film de 1940 de James Whale, sa sombre doublure n'a fait que lui paralyser à lui aussi le bras droit!).
Mais le bonhomme a tout de même souffert. Comme tout le monde.
Neil P. Varnick, le scénariste (de ce film et de deux autres films, « Danger in the Pacific » de Lewis D. Collins et « La Femme Gorille » d'Edward Dmytryk, dans sa carrière et uniquement durant cette année 1942), ou Ben Pivar (?), ayant l'idée saugrenue de transporter nos héros et leur ennemi à travers les méandres du temps : non pas que les voilà qui jouent des Visiteurs projetés dans le futur ou auront remonté le temps au volant d'une DeLorean mais parce que le scénariste ou ce prête-nom de scénariste du producteur peut-on se demander (Neil P. Varnick n'ayant officié le temps de sa très courte carrière que pour le compte d'Universal et sous la production du dit Ben Pivar) transporte l'action en... 1970, trente ans après que ces mécréants aient cherché à les détruire, lui et Kharis, comme le résume en tout début de film le Grand Prêtre de Karnak Andoheb (George Zucco, des plus parkinsonien) à son remplaçant Mehemet Bey (Turhan Bey).
Grimé en vieil archéologue veuf (Peggy Moran qui incarnait la belle Marta Solvani dans le précédent film n'apparaissant qu'une mèche blanche vieillissant sa tempe en photo, un court instant) ressassant ses aventures passées, Stephen Banning (Dick Foran), fumant la pipe, va inévitablement lui aussi passer le flambeau d'aventurier protecteur contre le danger que pourrait représenter Kharis -et le relais pour une future série de serials plus ou moins aventureux mais surtout commerciaux...
Nul besoin d'avoir vu le film de Christy Cabanne de 1940, « La Main... », pour aborder celui-ci, deux ans après : Stephen Banning (Dick Foran) se chargeant durant les douze premières minutes de résumer, durant une (longue) série de flash-backs, les événements survenus dans ce film (la découverte du tombeau et de la momie, Kharis, la mort du Dr. Petrie, l'enlèvement de Marta, la destruction de Kharis et la mort du traître Andoheb -désolé de vous avoir spoilé le film)... afin ou avant de trouver lui aussi son remplaçant.
Car si le charismatique acteur d'origine Turque de vingt ans Turhan Bey vient ici entamer le début d'une longue carrière exotique pour les productions Universal et Warner (films d'horreur et serials : « The Mad Ghoul », « Les Milles et Une Nuits », « Ali Baba... », etc) en remplaçant du cinquantenaire Britannique George Zucco (qui endossait lui-même la toge sombre du remplaçant du Grand Prêtre de Karnak incarné par l'autre cinquantenaire Eduardo Ciannelli dans le premier -en 1940), le trentenaire John Hubbard, connu jusque-là sous le pseudonyme d'Anthony Allan ou tout simplement oublié aux génériques, vient lui, dans le rôle du fils de l'aventurier Stephen Banning, le Dr. John Banning, affronter Kharis !
Et ces changements d'acteurs plus ou moins principaux de ne pas se limiter qu'à ces deux antagonistes.
Fils de l'un des rois de la pantomime (pour compenser un handicap familial) qui était aussi et surtout l’un des acteurs les plus polyvalents et impressionnants de ce cinéma balbutiant au début du siècle, « l’homme aux mille visages » Lon Chaney himself (l'un des acteurs fétiches du grand Tod Browning, oui, le même que « Dracula » et « Freaks », pour qui il incarna pas moins de dix fois des personnages grimés et/ou mutilés, de « L'Inconnu » à ce mythique « Londres après Minuit » car définitivement perdu) -que le fourbe et un brin escroc bonimenteur Ben Pivar fera crédité sous le nom de Lon Chaney- endosse ainsi, entre une incarnation du monstre de Frankenstein et son célèbre rôle du loup-garou Lawrence Talbot, les bandelettes usées de la momie Kharis.
Son léger embonpoint allant rendre encore un peu moins crédible ce mort ressuscité plus de 3000 ans après sa momification antique qu'avec le précédent et athlétique Kharis (le « cow-boy » Tom Tyler) auprès d'un public critique.
Son mutique jeu minimaliste (qui lui fait traîner la jambe et tordre son bras droit comme pour vouloir imiter Tyler ou Zucco qui singeait déjà ce dernier, en tendant dans le vide son gauche tel un zombie, un Golem poussiéreux, une arme sans âme), quant à lui, n'en faisant qu'un figurant de luxe pourtant mis (tout) en haut de l'affiche à de véritables et contestables fins commerciales plus qu'une véritable nouvelle star de l’horreur aux mêmes titres que ces Boris Karloff, Bela Lugosi ou son propre père, Lon Chaney (décédé en 1930). Et pourtant, il est clair qu'aujourd'hui c'est encore sur son nom qu'est vendu et distribué ce film.
Vous l'aurez compris : roi de la récup', Ben Pivar, entre le drame criminel « Eyes of the Underworld » (de Roy William Neill) et cette « Femme Gorille » évoquée plus haut, après avoir déjà recyclé les décors de productions Universal précédentes, récupéré des scènes d'un classique et rebooté l'un des Monstres de ce studio de production et distribution en difficultés financières, exploite encore l'un de ses filons... en donnant une suite à la sequel précédente -dans la suite des serials de plus ou moins bonnes qualités qu'Universal lança à la suite de ses succès que furent leurs Universal Monsters (Dracula, Frankenstein, etc) : « La Fiancée de Frankenstein » (de James Whale et qui acquérira lui-même un statut particulier de culte), « La Fille de Dracula », « Le Fils de Frankenstein » et autres productions menées tambours battants par Charles R. Rodgers, compagnon de poker de Laemmle Jr. à qui ce dernier aura demandé une aide financière et désormais associé et aux commandes avec Robert Cochrane (ancien publicitaire de la major en devenu vice-président après qu'un Carl Jr. endetté lui ait revendu ses parts) et la société de créances de J. Cheever Cowdin (Standard Capital Company) !
Bien que sortant de l'âge d'or de la compagnie (comme la qualifieront des historiens du cinéma), avec des titres connus de tous - « Double assassinat dans la Rue Morgue » et « Le Corbeau » tous deux d'après Edgar Allan Poe- mais n'appartenant plus à ses créateurs légitimes, les Laemmle, Universal doit continuer à se refaire en 1942, treize ans après le krach boursier de 1929 et cette Grande Dépression qui a bousculé le pays de l'Oncle Sam. Et cette série d'Universal Monsters pourra se révéler comme un moyen bien rentable...
Passage de relais en ce qui concerne, leurs apparitions à l'écran, Turhan Bey et George Zucco, John Hubbard et Dick Foran, Lon Chaney Jr. et Tom Tyler, mais aussi la très belle Elyse Knox (créatrice de mode qui tiendra des petits rôles pour la Fox jusqu'à ce film, avant de devenir pin-up durant la Seconde Guerre Mondiale avant d'épouser la star du football US Tom Harmon en 1944) dans le rôle de la fiancée du Dr. Banning que Kharis va enlever, après avoir enlevée Marta Solvani (Peggy Moran) trente ans plus tôt, cette « Main de la momie » a déjà tous les défauts inhérents au troisième épisode d'une saga (entamée avec « La Momie » de Karl Freund en 1932) : sans enjeu, ni surprises, lent même si parfois toujours aussi bien réalisé mais surtout commercial et souffrant d'un énième changement de réalisateur (Harold Young, « Le Mouron rouge » d'après le roman de la Baronne Orczy), etc, ,que l'on retrouve dans nombres de sagas cinématographiques depuis les eighties soi-disant et régulièrement moqués. Mais, donc, tout cela n'est pas nouveau.
Cette « Tombe... » recycle, donc, la trame du précédent tel un reboot de remake ou remake de reboot (le grand prêtre réveille Kharis, l’envoie en mission, Kharis lui ramène la fiancée du héros, dont il tombe amoureux -la fiancée, pas le héros- mais ce dernier -le héros- s’interpose et affronte Kharis et son maître pour la sauver) mais n'enterre heureusement pas le mythe, malgré son statut de série B amplement mérité ou de grossières erreurs (le comique Babe Jenson devient le sérieux Babe Hanson, etc) et facilités scénaristiques (comme ce villageois qui vient résoudre le mystère en dévoilant que le nouveau gardien du cimetière, Égyptien, parle sans arrêt de sorcellerie) avant de carrément puiser dans d'autres films (les villageois, toutes torches enflammées, après cette révélation d'aller traquer le monstre comme dans « Frankenstein »).
Paresseux pour certains, le film sera divertissant, pour d'autres, à condition que vous soyez adeptes de films fantastique et aimiez le cinéma à l'ancienne (de papa ou grand-papa).
la mise en scène suffisamment professionnelle pour que cette œuvre parvienne à distraire le spectateur nostalgique, d’autant que les éléments comiques du précédent et la dimension « aventures » du premier s’éclipsent pour accoucher d’un titre davantage porté vers le fantastique et les clichés (sympathiques) de l’épouvante. Une petite série B sans conséquence mais une heure qui passe agréablement, n’en demandons pas plus à cette Tombe de la momie.
Pour poursuivre la comparaison avec les aventures de la famille O'Connell (les films de « La Momie » de Stephen Sommers à partir de 1999), si vous aviez apprécié la tentative de passage de relais de Brendan Fraser (le père censé avoir autour de 50 ans et incarné par un acteur de 40) et Luke Ford (acteur de 27 ans incarnant un fils d'environ 16-20 ans), vous devriez apprécier celui-ci aussi.
Sinon, soyez curieux. Ou complétistes.
Parrainée et chapeautée par Jean-Pierre Dionnet (le vieillissant présentateur culte des « Cinéma de Quartier » cinéphiliques de Canal Plus), cette collection de « Universal Monster Club » ne pouvait être que pleine de savants bonus, cultivés et instructifs!
Jean-Pierre Dionnet revenant, tout d'abord, sur le mythe des momies dans un premier bonus de 14 minutes 48 (« La Momie par Jean-Pierre Dionnet ») -commun à tous les films- que ce soit à travers leur histoire, la fascination napoléonienne pour la culture égyptienne antique, les quelques apports de la littérature à ce bestiaire mais aussi et surtout les premiers films s'y attaquant et la célèbre et fameuse malédiction ayant entouré la découverte du tombeau de Toutânkhamon...
Sa présentation du film (07:55), que vous pouvez choisir de découvrir en préambule de celui-ci ou revoir à part en second bonus, allant revenir sur certains intervenants et membres du casting, tout en rappelant qu'elles vont être les inévitables scènes auxquelles vous serez confrontées dans cette « série », non sans spoiler ce premier film... pour commencer.
Seize bande-annonces (dont les cinq consacrées aux films de momies ici chroniquées) composant près d'un quart d'heure de troisième bonus -d'époque et en VO sous-titrée.
Le quatrième bonus n'étant autre que la petite introduction que vous avez pu voir en insérant votre disque dans votre lecteur et ce avant d'arriver à la page des menus : un petit rappel (variant entre une minute et moins) vous rappelant que dans la même collection Cinéma Monster Club, vous allez pouvoir découvrir ou redécouvrir des « serials » consacrés au monstre de Frankenstein, Dracula, le loup-garou, le monstre du Lac Noir et cette momie...
Une galerie de photos (01:30) et des crédits ponctuant cette collection de bonus.
Un livret de douze pages, « Momies en folie » (avec des affiches du film et un éditorial de Damien Aubel, rédacteur en chef cinéma à « Transfuge ») étant aussi offert, semble-t-il, dans ce film uniquement proposé en DVD.