Le commissaire Maigret est appelé en urgence au Quai d’Orsay. Monsieur Berthier-Lagès, ancien ambassadeur renommé, a été assassiné. Maigret découvre qu’il entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari, étrange coïncidence, vient de décéder. En se confrontant aux membres des deux familles et au mutisme suspect de la domestique du diplomate, Maigret va aller de surprise en surprise...
Le personnage du Commissaire Maigret est inscrit dans la culture Française, par les livres de son auteur, d’abord, Georges Simenon, qui lui fit vivre pas moins de 75 aventures dans des romans et 28 autres dans des nouvelles. Depuis la sortie du premier opus en 1931 jusqu’au dernier en 1975, Maigret représenta une certaine vision du français avec son chapeau, sa pipe, son goût pour la blanquette de veau, le vin, la bière et quelques autres sortes d’alcool et Mme Maigret qui l’attendait toujours à la maison et restait la confidente compréhensive de cet homme toujours en réflexion pour trouver la vérité. Le personnage fit sa première apparition au cinéma en 1932, soit seulement un an après la sortie du premier roman, sous les traits de Pierre Renoir (La Nuit du Carrefour), puis par Abel Tarride (Le Chien Jaune), la même année et Harry Baur (La Tête d’un Homme) en 1933. Mais c’est Albert Préjean qui l’interprètera 3 fois de 1943 à 1945, qui lui donnera les premières intentions et les premiers signes caractéristiques. Porteront le chapeau et la pipe du commissaire des acteurs comme Michel Simon (Brelan d’As), Jean Gabin (Maigret et l’affaire St Fiacre), l’incarnera 3 fois puis Gérard Depardieu (Maigret). Tous sous la direction de grands réalisateurs comme Jean Renoir (La Nuit du Carrefour), Julien Duvivier (La Tête d’un Homme), Maurice Tourneur (Cécile est Morte), Henri Verneuil (Brelan d’As) etc…
Mais le Commissaire Maigret s’est également expatrié comme en 1949, sous la direction de Burgess Mérédith avec Charles Laughton (Le Fantôme de Canterville), « L’homme de la Tour Eiffel » est une production américaine. En 1967, ce sont les Italiens qui s’emparent le temps d’un long métrage de notre commissaire national dans « Maigret à Pigalle » sous les traits de Gino Cervi (Anna Karenine). Et l’année suivante ce sont les Allemands qui vont s’amuser avec le commissaire dans « Maigret Fait Mouche » avec Heinz Rhümann (Si Loin Si Proche). Mais étonnamment, si Simenon a toujours considéré que l’acteur qui incarnait le mieux Maigret c’était Pierre Renoir. Dans la mémoire collective c’est un autre acteur qui fit entrer le commissaire dans les foyers français : Jean Richard. De 1967 à 1990, l’acteur et propriétaire d’un cirque (Pinder Jean Richard), fut le commissaire dans ce qui reste l’une des séries les plus longues de l’histoire de la télévision française. En 1991, ce fut Bruno Cremer (Noces Blanches) qui reprit le flambeau pendant 14 années. D’ailleurs, pour conclure cet historique, précisons que les Anglais firent également des séries Maigret avec dans le rôle-titre Rupert Davies (Dracula et les Femmes), Richard Harris (Harry Potter à l’Ecole des Sorciers) ou plus étonnant encore Rowan Atkinson (Mr Bean). Toutes les télévisions du monde se sont amusées à faire leur série Maigret puisqu’il y en eut au Japon, en Russie, aux Etats-Unis, en Hollande et au Canada.
Autant dire que le personnage est une source récurrente d’inspiration, qui ne pouvait que rencontrer la route de Pascal Bonitzer (Le Tableau Volé). Le réalisateur, Scénariste et Critique de Cinéma qui fit une longue carrière dans le cinéma Français ne pouvait qu’à un moment donné s’intéresser à ce fleuron de la littérature populaire Française. Et grand bien lui a pris, car le réalisateur parvient à capter l’essence même de la série de romans tout en lui insufflant un peu de modernité. Mais surtout en adaptant l’un des romans les plus personnels de Simenon : « Maigret et les Vieillards », Bonitzer fait une sorte de réflexion sur le temps qui passe, l’âge et le regard que l’on porte dessus. Ce qui surprend, tout de suite, c’est l’utilisation des environnements pour mieux marquer les milieux sociaux, comme les tentures bleues chez la princesse ou le vert dominant chez les Policiers. Pascal Bonitzer signe un film aux coupuires franches qui lui donnent une véritable dynamique qui vient en contraste de ce que l’on pouvait attendre d’un film « Maigret » et qui lui offre cette modernité qui rend le film fluide et captivant.
Et puis, bien sûr, il y a Denis Podalydès qui signe, une fois de plus, une prestation rigoureusement précise, malgré ses doutes sur sa capacité à jouer un personnage très peu décrit dans les romans mais très inscrit dans la mémoire collective avec, notamment, un physique massif. Le comédien apporte sa fraicheur de jeu et son phrasé si remarquable pour donner plus de nuances à son personnage.