1949. George Orwell termine ce qui sera son dernier mais plus important roman, 1984. « Orwell : 2+2=5 » plonge dans les derniers mois de la vie d’Orwell et dans son œuvre visionnaire pour explorer les racines des concepts troublants qu'il a révélés au monde dans son chef-d'œuvre dystopique : le double discours, le crime par la pensée, la novlangue, le spectre omniprésent de Big Brother... des vérités sociopolitiques qui résonnent encore plus puissamment aujourd'hui.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Raoul Peck, est réalisateur Franco-Haitien, qui fut même, un temps, Ministre de la Culture d’Haïti de 1995 à 1997, et à qui l’on doit le documentaire sur l’écrivain James Baldwyn : « I Am not your Negro » dans lequel le réalisateur faisait déjà un parallèle entre l’œuvre de l’écrivain et la situation de la population Afro-Américaine aux Etats-Unis. Celui qui réalisa le film « Lumumba » en 2000, s’affiche comme un œil avisé de la société et ne pouvait que rencontrer le parcours d’un autre écrivain majeur du XXème Siècle : Georges Orwell. Dans : « Orwell : 2+2=5 », Raoul Peck continue de faire des parallèles et notamment en s’intéressant au dernier roman de l’écrivain mais l’un des plus célèbres : « 1984 ».
Comme à chaque fois, la mise en de Peck est redoutablement intuitive, puisqu’elle va mettre en parallèle, les écrits de l’écrivain, en puisant dans quatre sources : Son Journal, ses lettres, ses romans : « La Ferme des Animaux » et « 1984 », et les évolutions de la société ces dernières années. Sans aucun autre commentaire que les écrits d’Orwell, de son analyse de la montée du fascisme, de la mécanique de manipulation de la pensée (D’où la célèbre phrase : 2+2=5) et des extraits des romans, en les confrontant à notre actualité mondiale, nous nous rendons vite compte que tout semble se remettre en place pour un nouvel ordre, qui ne serait pas du meilleur esprit ou de la meilleure pensée. Alors, bien sûr, si vous êtes déjà angoissés par l’état de notre monde, les guerres de Poutine et Netanyahu, ou encore les déclarations ordurières de Trump et sa guerre en Iran, ou encore la banalisation infecte du racisme en France, vous n’allez pas ressortir de ce film indemne. Tant le réalisateur expose les faits de façon redoutablement efficace.
Car George Orwell qui mourut en 1950, écrivit « 1984 » à la toute fin de sa vie. Et ce dernier roman s’est révélé comme l’ultime pierre à l’édifice d’une œuvrer qui se consacra à décrire comment un peuple pouvait se retrouver sous l’emprise d’un seul homme ou d’un seul parti. Ecrit avant, pendant et donc après la seconde guerre mondiale et ses horreurs, l’œuvre d’Orwell, à commencer par « La Ferme des Animaux » publié en 1944, décrivait déjà le mécanisme de prise de pouvoir d’un leader politique et la manière d’asservir à ses idées les populations. Alors, bien sûr, j’entends déjà des voix s’élever, pour clamer que l’homme était un révolutionnaire avec un passé Marxiste et Trotskyste. Mais ce serait faire offense à l’auteur qui sut, au moment où la guerre s’annonçait, évoluer en se révélant patriote, ce qu’il a toujours différencié de Nationaliste. Lui qui a grandit dans une famille de colons installée en Inde, a su parcourir le monde pour mieux le comprendre et surtout mieux adhérer à la défense des peuples contre les assauts des pouvoirs et l’absence suffisante, selon lui, d’opposition forte au fascisme.
Raoul Peck reprend donc, ces écrits et les colle sur des images actuelles pour mieux illustrer les écrits d’Orwell. Et cela fait froid dans le dos. Car de la même manière que l’écrivain, le réalisateur, constate, décortique et associe pour mieux nous faire prendre conscience des dangers qui guettent ou qui ont déjà plantés leurs griffes dans notre vie. On y voit des images d’archives de la seconde guerre mondiale et dans le même temps des images beaucoup plus récentes et les mots d’Orwell qui résonnent comme venues d’Outre-Tombe pour nous rappeler le passé que nous semblons avoir oublié. Ces gens aux pensées nauséabondes que tout le monde s’accordait à dénoncer dans les décennies suivant la fin du conflit et qui, depuis plusieurs années, ont fini par prendre le pouvoir des mots, de la presse première pierre angulaire du contre-pouvoir. Et si certains doutaient encore de la folie des Poutines, Trump, Netanyahu et autres leaders dans le monde et même chez nous en France, ce documentaire va, peut-être, permettre de mieux comprendre le mécanisme de construction d’une société qui serait dirigée par « Big Brother » et nous ferait accepter que : 2+2=5.